05 mars 2012

Tout sur l’automne

Tout sur l’automne
Charline Picard, Clémentine Sourdais

Seuil jeunesse, 2011

Pour entrer dans la danse des saisons

Par Dominique Perrin

tout3767.jpg« Viens te promener au fil de l’automne », telle est l’invitation efficace lancée à la jeunesse par Charline Picard et Clémentine Sourdais avec ce livre documentaire idéal – tonifiant, polyvalent, précis et humoristique, doux aux doigts et aux yeux. C’est tout une saison de la Terre, du monde végétal et du monde animal qui est ici subtilement et savamment, avec une fraîcheur et une sobriété rares, mise en récit, légendes, chansons, poèmes et recettes, et en dessins, vignettes, photographies et aquarelles … De tels projets documentaires sont pour les lecteurs de tous les âges une fête sensible et intellectuelle, où le bal commence à la simple lecture du sommaire. On serait heureux de voir les deux auteures évoquer le rendez-vous avec d’autres saisons.

02 mars 2012

1001 manières de sentir

1001 manières de sentir
Véronique Gaspaillard, Françoise de Guibert

Gulf stream, coll. La vie tous azimuts, 2011

1001 manières d’être vivant

Par Dominique Perrin

 1001 389-19b12.jpgSe nourrir, naître – se reproduire - sentir : trois albums documentaires explorent successivement ces grandes fonctions transversales à l’univers du vivant, qu’il soit végétal ou animal – avec à chaque fois une interrogation conclusive subtilement espiègle : « et l’humain dans tout ça ? ». L’explication, synthétique et précise, est organisée en chapitres et paragraphes alertes, illustrés sur un mode alternativement plaisant et sérieux ; elle invite le lecteur à se positionner, « tout simplement », en scientifique : Véronique Gaspaillard, professeure de lycée passionnée de biologie, et Françoise de Guibert, spécialiste de l’écriture documentaire à destination de la jeunesse, relèvent ici avec rigueur et allant le défi toujours renouvelé du partage du savoir scientifique et de la curiosité insatiable qui le sous-tend.

25 février 2012

Le troun et l’oiseau musique

Le troun et l’oiseau musique
Elzbieta, conception musicale Sharon Kanach

Rouergue, 2012

Des sons et des bruits, de la musique et des chants d’oiseaux

Par Dominique Perrin

44665.jpgDu riche parcours d’Elzbieta dans les possibles de l’album contemporain, le Rouergue réédite l’une des réalisations fondatrices. L’album trouve sa puissance narrative et poétique dans le modèle plastique de la portée musicale et de ses groupes de notes, qui révèle ici l’étendue dynamique de ses possibilités. Le troun et l’oiseau musique (première édition Duculot, 1984) s’offre comme une partition à la fois très libre et rigoureuse, composée par Sharon Kanach, qui raconte comment les « trouns » – comprenons les petits humains – conquièrent progressivement, passionnément, et dans tous les sens… l’espace sonore.

22 février 2012

Gustave est un oiseau

Gustave est un oiseau
Claire Babin, Olivier Tallec

Adam Biro, 2004

De la métamorphose comme principe de connaissance

Par Dominique Perrin

gustaveestunoiseau.jpgGustave est un oiseau s’insère dans une série de « Gustave » dont chaque maillon initie le jeune lecteur  à un aspect de la nature, et dessert un projet général de type documentaire – mots clés en gras, documents photographiques et glossaire explicatif à l’appui. Mais l’habillage est résolument narratif et littéraire ; l’embrayeur poétique de chaque ouvrage est constitué par une « métamorphose » de Gustave – petit garçon rêveur qui se transporte ici dans le point de vue d’un oiseau rayé de rouge et de jaune comme son pyjama. Idée intéressante ! Mais c’est au plan de l’écriture que le bât blesse : soigné certes, le texte semble emprunter ses critères à la rédaction scolaire du milieu du siècle dernier.  Le dessin est beaucoup plus stimulant, à commencer par ses décalages délibérés et féconds avec ladite rédaction modèle.

30 janvier 2012

Pour aller loin

Pittau et Gervais
Pour aller loin
Gallimard, Giboulées, 2011

Français, encore un effort pour promouvoir le développement durable

Par Dominique Perrin


Pittau et Gervais, Pour aller loin, Perrin, Gallimard, Giboulées, 2011De conception plutôt généreuse, ce livre-jeu offre huit puzzles en forme de nuages, accompagnés de textes poético-explicatifs permettant au jeune lecteur-joueur-dessinateur d’esquisser la silhouette de huit « moyens de transport » permettant d’« aller plus loin ». On peut toutefois difficilement s’empêcher de regretter la relative pauvreté du propos général. Si l’ouvrage se termine plaisamment sur le vélo et sur le pied, les nuages qui environnent l’avion (très classiquement assimilé à une sympathique hirondelle), le camion, la moto et l’auto ne sont pas commentés, et moins encore distingués de ceux qui environnent train et  bateau (on pourrait penser ici aux péniches). Le moins qu’on puisse dire est que la complaisance toujours savamment entretenue chez les enfants du 21e siècle pour les engins à moteur n’est guère tempérée.

26 janvier 2012

Ecoute les bruits des saisons

Delphine Gravier-Badreddine,
illustrations Henri Galeron, Donald Grant, Pierre-Marie Valat

Ecoute les bruits des saisons

Gallimard, Premières découvertes, 2011

Science, poésie et son : sous-continents communs à explorer

Par Dominique Perrin

sais2070637683.gifUn livre sonore invitant à tendre l’oreille aux « bruits des saisons », la chose est engageante aussi bien pour les amateurs de documentation que pour les amateurs de poésie. C’est à une rencontre de ces deux horizons qu’on assiste ici avec plaisir ; la modestie de ses moyens et de ses ambitions donne cependant à songer sur les possibilités que pourraient ouvrir un télescopage plus audacieux et plus fécond du travail sur le pouvoir évocateur des mots, sur celui des images et sur celui des sons - au service d’un  authentique point de vue scientifique sur la planète comme milieu et comme système.

11 janvier 2012

Boucle d’or et les trois ours

Olivier Douzou
Boucle d’or et les trois ours

Rouergue, 2011

 

Boucle d’or, dans l’alphabet des chiffres

 

Par Dominique Perrin

 

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Boucle d’or et les trois ours, une histoire chiffrée, voire une histoire de chiffres ? Une décennie après la version géométrisante de Rascal (Ecole des loisirs, 2002), Olivier Douzou donne un corps littéral à cette intuition tout droit issue d’une fantaisie d’enfant. Le conte est là, transmis dans sa fraîcheur et sa simplicité retorse ; l’image espiègle et sérieuse en offre une interprétation plaisante, d’une évidence renouvelée : dans l’algèbre virtuose et désinvolte de la culture humaine, le conte offre une mise en équation du connu et de l’inconnaissable, dédiée à la célébration ludique des formes symboliques sorties de l’esprit humain.

09 janvier 2012

Le petit bonhomme pané

Olivier Douzou, Frédérique Bertrand
Le petit bonhomme pané

Rouergue, 2011

En toute candeur pontienne

Par Dominique Perrin

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Dans une basse-cour, un tout petit bonhomme transparent accède à la visibilité en prenant un bain d’œuf et de miettes, trouvant dès lors en un vieux croûton et une mère poule des ascendants putatifs. Cela ne consacre pas encore un avènement au monde, mais c’est le début d’une quête initiatique au sens le plus ample du terme. Le « petit bonhomme pané » parcourt le vaste monde – forêt, collines, montagnes, champ de coquelicots -, aiguillonné par le désir d’interroger le « nuage à âge ».
Que cette « panne de naissance » (comment ne pas citer ce jeu de mots, à défaut des « pontines » qui jalonnent le récit ?) trouve sa résolution ultime parmi coussins, poussins et bougies dans le « château d’Anne Hiversère » coule dès lors de source, dans un univers polarisé par le rapport au langage et le merveilleux pontiens. Etre à naître ou être né ? Allégresse communicative et liberté créatrice irradient cet album subtilement original, dans lequel on peut entendre, au texte et à l’image, un récit de tous les commencements humains, qu’on les situe avant, pendant ou après la vie intra-utérine.

06 janvier 2012

Les poètes ont toujours raison

Rascal
Les poètes ont toujours raison

L’Edune, 2011

Poèmes pour viatique

Par Dominique Perrin

 

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« Les poètes ont toujours raison » : le titre de l’anthologie adressée par Rascal aux derniers nés des « frères humains » chers à François Villon s’entend de multiples façons. Le « toujours » y est entre autres chronologique : c’est de durée qu’il est question, au premier chef dans la dédicace de l’auteur à son père, et dans le témoignage autobiographique liminaire qui relie la mémorable découverte de la poésie « sur les bancs de l’école » au geste du cueilleur-semeur adulte assemblant son bouquet de poèmes et d’images.

Du quasi haïku de Guillevic aux enjambées fantastiques des strophes de Rutebeuf, douze poèmes de langue française sont rendus magistralement présents, douze poètes – scrutant ou désignant chacun à leur manière les marges des différents systèmes de domination de leur temps – retrouvent leur aura de vivants dans des portraits qui refusent tout rajout aux poèmes, mais apportent au lecteur, rencontre imprévisible, une vision des sujets aigus, inquiets et désirants qui les écrivirent.

31 décembre 2011

Gravenstein

Gravenstein
Øyvind Torseter

La joie de lire, 2011
Traduction (norvégien) par Jean-Baptiste Coursaud

Des pommes, de la maraude et de l'humanité comme aventure

Par Dominique Perrin

graven9080922_1_m.jpgEn une soixantaine de doubles pages composant un bref prologue et deux « chapitres », Gravenstein installe ses personnages -  un « bébé Elephantman », une toute jeune fille au costume de féline et son père au costume passe-partout – dans un monde aux accents curieusement réalistes. Comme dans Détours (La joie de lire, 2010) mais cette fois dans un petit format agréable à manier, le lecteur est invité à transiter d’une ville moderne vers une campagne parsemée de bâtiments à demi écroulés ou bâtis. Mais la « nature » est ici hantée de hauts filets grillagés en plus ou moins bon état de marche, et la société représentée obsédée par les pommes jaunes « gravenstein ».
Comme dans Détours, consentir au parcours narratif parfaitement original et essentiellement visuel proposé par Torseter donne généreusement à méditer, sur les rapports entre fond et forme, et sur ce monde où les pommes vendues à prix d’or en ville sont ailleurs bonnes à lapider ceux qui les maraudent, où les vaches s’avèrent aussi peu considérées que les originaux qui s'intéressent à elles - mais où coulent  aussi avec assurance les rivières de l'aventure.