19 février 2012

Attends moi !

Attends moi !
Stéphanie Blake

L’école des loisirs, 2011

Un album vitaminé

Par Caroline Scandale

Attends moi .gifUn petit loup nous entraîne dans sa course folle. Avec son copain lapin, ils s'amusent à faire du skate board. Leur vitesse est telle qu'ils s'envolent en percutant un escargot et retombent dans une voiture. A son tour le gastéropode rigolo leur demande de l'attendre car il veut aussi jouer avec eux. Désormais à trois, ils roulent oreilles et antennes au vent, et invitent le jeune lecteur à les rejoindre dans leur monde acidulé et plein de pep's.

Album catrtonné déal pour les petits loups balbutiants, avides de découvertes et d'histoires à croquer...


17 février 2012

Fanfantôme

Fanfantôme 
Charlotte Sjöstrand
L’école des loisirs

 Tourne manège ?

Par  Chantal Magne-Ville

 

Fanfantôme.gif

Un adorable petit livre qui évoque les aléas de la propreté sur un mode léger. Il suffit de voir la mine dépitée du petit fantôme trop pressé qui vient de faire pipi sur son drap et cache la tache, puis d’entendre le ton mi-grondeur mi-amusé de la maman qui l’expédie illico dans la machine à laver pour se convaincre que tout ceci n’est pas bien grave. L’image circonscrite dans un cadre blanc  met en relief le décor fait d’innombrables nuances de gris sur lequel les fantômes découpent leurs silhouettes dynamiques et pleines d’entrain. Seuls les yeux et les joues sont recolorisés ce qui ajoute de la vivacité aux scènes pleines d’humour. Fanfantôme, par exemple, se lie d’amitié sur l’étendage avec une petite culotte timorée qu’il entraîne dans ses jeux car il vole, et le résultat ne se fait pas attendre : les voilà encore plus sales qu’avant…. Mais c’est lui qui réclame de retourner dans la machine….

 

05 février 2012

Mon lapin

Mon lapin
Grégoire Solotareff
, Soledad Bravi 
L’école des loisirs, 2011

Lapin malin

Par Caroline Scandale

Mon lapin.gifArticulé autour du thème de l’amitié maître/animal, cet album met en scène un lapin, personnage récurrent chez Solotareff. Les illustrations stylisées de Soledad Bravi apportent un ton résolument moderne. Son trait de crayon est épais et ses couleurs contrastées, ce qui accroche immédiatement l’œil. Dès la couverture, le ton humoristique et tendre est donné.

Mon lapin raconte la rencontre pour le moins originale d’une petite fille, Garance, et d’un lapin plutôt malin. De proie croquée par le chien de la famille, il devient le nouvel animal de compagnie de la demoiselle et botte en touche le canidé chasseur… Le petit lapin de Garance est vraiment un petit malin mais il n’en est pas moins un gentil compagnon curieux et intéressant. Une jolie histoire d’amitié commence entre l’enfant et l’animal.  

28 juin 2011

Il est où mon p’tit loup - Les mêmes et l’autre, tableaux de groupes

Stéphanie Blake
Il est où mon p’tit loup

L’école des loisirs, 2011

Les mêmes et l’autre, tableaux de groupes

Par Dominique Perrin

9782211203814.gif« Un chat n’y retrouverait pas ses petits ! » : la dernière production de Stéphanie Blake dans le grand format solidement cartonné de la collection « loulou et cie » illustre cette formule consacrée avec une espièglerie et un entrain féconds. Décidément non narratif, l’album consiste en une série de tableaux évoquant un Maurits Cornelis Escher détendu et bonhomme, accompagnés d’une phrase-comptine référée au titre : Il est où mon p’tit loup …« Si tu es malin, tu le trouveras chez les lapins » - « Et chez les chiens ? Regarde bien ! ».
On passe ainsi d’un univers animalier à un autre, à la fois abstrait, géométrique, et vivant, parlant : dans les pyramides de lapins, de chiens et autres crocodiles qui se succèdent de double-page en double-page, l’art de l’illustratrice anime et singularise tous les personnages. Loin des « cherchez l’intrus » traditionnels, telle est la satisfaisante surprise de ce livre qui mérite sa solidité et sa grande taille : le « petit loup » vert qu’il s’agit de retrouver dans différents tableaux de familles est plus convivial encore que facétieux ; s’il échappe d’abord au regard, ce n’est pas parce qu’il est bien caché, mais parce qu’il trouve sa place dans une série de collectifs multicolores où chacun est digne d’attirer le regard.

 

11 juin 2011

Bobo lapin - …Faut-il qu’une « histoire à colorier » soit plate ?

Bobo lapin
Ramadier et Bourgeau

L’école des loisirs, 2011


…Faut-il qu’une « histoire à colorier » soit plate ?

Par Dominique Perrin


bob.gif

Bobo lapin est sans doute d’abord une « histoire à colorier » : feuilleter celle-ci comme une invitation à faire œuvre de coloriste à partir de son dessin en noir et blanc, précis et efficace en même temps que naïf, conduit à en faire une évaluation plutôt enthousiaste. Cependant, une histoire à colorier est-elle nécessairement au-delà, ou en deçà des exigences qu’on peut avoir habituellement vis-à-vis d’un album pour la jeunesse ? Nullement, serait-on tenté de répondre.
Or l’histoire est ici bien plate, et décevante : Bobo lapin se réveille malade, rejette méthodiquement les traitements fort convenus que lui proposent ses amis en fonction de leurs propres habitudes alimentaires, et finit par trouver secours chez maman lapin. Il propose finalement avec succès son remède de lapin – un jus de carotte, faut-il le préciser – à tous ses amis malades à leur tour. On est bien loin de l’absorbant Docteur loup d’Olga Lecaye, où le questionnement sur le même et l’autre, le commun et le différent, leurs jeux de miroir et de trompe-l’œil, était exploré de façon merveilleusement prenante. On est également loin d’ouvrages au texte, au dessin et à la colorisation beaucoup plus simples, et néanmoins rafraîchissants pour les esprits de tous âges.

29 janvier 2011

Les Sorcières de Skelleftestad (t.1, l’étrange mariage de Nils Swedenborg)

Les Sorcières de Skelleftestad (t.1, l’étrange mariage de Nils Swedenborg)
Jean-François Chabas

L’école des loisirs (Médium), 2010

Mariage dérangé, série masquée

Par Anne-Marie Mercier

Les Sorcières de Skelleftestad .gif Le brave Nils, beau charpentier trentenaire, est tellement sot qu’aucune fille ne veut de lui. Arrive au village une belle inconnue qui tombe sous le charme, ou plutôt fait semblant, et l’épouse. Dans le temple où se déroule le mariage, il se passe de drôles de choses, la mariée est au bord du malaise. Par la suite, elle évite tout le monde, met au monde des filles de trois mois en trois mois… Bref, seul Nils ne se rend compte de rien et c’est pour cela que la belle Ingrid l’a épousé.  

Comme toutes les sorcières, elle peut « pondre » (c’est le mot, elles naissent dans des œufs) des filles et les élever sans que quiconque (hors les femmes du village, des vilaines jalouses) la soupçonne. Elle peut aussi les laisser à leur père pour voyager et faire ses diableries. On ne sait s’il faut y lire une condamnation du féminisme ou un jeu avec les stéréotypes (peut-être le premier car cette Ingrid est vraiment insupportable). Par ailleurs, ce n’est pas très respectueux d’avoir donné à ce charmant abruti de Nils le nom de Swedenborg, le "prophète du nord", grand savant spiritualiste  respecté de Balzac...


L’histoire est racontée sur un ton désapprobateur par la fille ainée qui a appris récemment le fond de l’affaire. Lorsque le  livre s’achève, elle a seize ans et elle a déclaré à sa mère qu’elle ne serait jamais sorcière comme elle. On devine la suite… 

On ne peut d’ailleurs rien faire d’autre que deviner, car l’histoire s’arrête au moment où elle commence. On retrouve ici cette manie des séries dans laquelle est tombée lrécemment l’école des loisirs (« tu quoque »…) avec Sorcier! de Moka, et tout récemment chroniqué sur ce blog. Les Pozzis de Brigitte Smadja. Couper les histoires en épisodes sans nécessité (ce premier tome, pour un ouvrage de la collection « medium » est mince, une petite centaine de pages) est une formule commerciale qui ne sert pas toujours les oeuvres. Quoique... le sous titre dans l'encadré jaune (voir l'image ci-dessus) qui indique que c'est le premier volume d'une série est si illisible qu'on a l'impression d'une action honteuse... Alors, où en est-on à l'école des loisirs? 

Il reste que le ton est alerte et sarcastique et que le récit est cocasse et plaisant à lire. Chabas réussit vraiment dans tout ce qu’il touche car il est ici dans un genre assez nouveau. Pour l’instant ça fonctionne… A suivre !

 

 

 

 

 

 

 

22 janvier 2011

Le Cochon magique

Le Cochon magique
Dorothée de Monfreid

L’école des loisirs, 2010

La magie est dans tout, et réciproquement

Par Anne-Marie Mercier

cochonmagique.gifJosette rencontre un cochon, forcément magique, du moins c’est ce qu’elle décide. Si ce cochon n’est pas très loquace (il ne sait dire que « Groooïnk ») pas très propre et pas du tout habillé, perchée sur son dos , Josette rencontre différents animaux plus civilisés : un lapin lecteur, un chat mangeur de sandwich, un chien guitariste en tricot rayé… Chacun porte un rêve qui se réalisera à la fin, un peu par hasard, en tout cas pas vraiment grâce au cochon magique. 

Quant au rêve de Josette, il se réalise aussi, on le découvre à la fin. Preuve que le rêve entraine la satisfaction. Celle du lecteur aura été de suivre ce récit jubilant d’optimisme et de simplicité. Tout peut être magique, quand on le veut vraiment… dans cet espace rose et rond.

 

17 janvier 2011

La Chine de Zhang Zeduan

 La Chine de Zhang Zeduan
Mitsumasa Anno

Traduit (japonais) par Nadia Porcar
L’école des loisirs, 2010

La Chine au fil de l’eau, au fil du temps

Par  Anne-Marie Mercier

chine_zhang.gifS’inspirant du rouleau de peinture sur soie « Jour de Qingming au bord de la rivière », Mitsumasa Anno se livre à un hommage à son auteur, Zhang Zeduan (1085-1145), dont l’œuvre est aujourd’hui invisible, conservée, et à une mise en scène de ses croquis faits lors de ses voyages en Chine.

A la manière de son album le plus célèbre, Ce jour -là, il ne propose aucun texte, mais une suite de doubles pages totalement occupées par des vues dessinées à l’encre et aquarellées. Celles-ci présentent avec un point de vue légèrement surplombant des plans panoramiques où les hommes s’affairent : paysages de rivière ou de montagne, scènes diverses (constructions, jeux, activités agricoles et économiques, spectacles, mariage et funérailles…) dans lesquelles la modernité n’est pas encore entrée mais commence juste son œuvre de destruction. C’est une sorte de vision de la Chine éternelle, où des cavaliers suivant une oriflamme côtoient des cyclistes. On semble suivre une rivière, mais la fin de l’album la quitte pour les hauts plateaux.

L’ensemble est esthétiquement très réussi. Mais comme son prédécesseur, Anno vise à la précision et presque à l ‘exhaustivité : chaque scène est faite de plusieurs qui se côtoient dans un même espace et proposent chacune un aspect de la Chine ; la fabrication d’un matériau, le mode de transport d’un autre, une coutume locale, un débit de boissons, tout cela se côtoie et forme une petite encyclopédie en images de la civilisation et de la géographie chinoises, des difficultés climatiques et écologiques. Chaque scène est commentée en fin de volume, Anno attirant l’attention du lecteur sur un détail, développant un aspect et indiquant où le croquis a été fait. Une carte permet de localiser les lieux, croisant les tracés des fleuves, celui de la route de la soie et les points illustrés par le livre. Tout un voyage, instructif, inépuisable et beau.

 

15 janvier 2011

Bonne chance

 Bonne chance  
Ole Könnecke

traduit (allemand) par Florence Seyvos
L’école des loisirs, 2010

Il en faut 

Par Anne-Marie Mercier

Bonne chance.gifOle Könnecke, l’auteur du savoureux Mauvaise caisse ! et du délicieux Jop est toujours surprenant, pour notre grand plaisir. Ici, méditation sur la chance : il en faut dans certaines circonstances, « car il y a des choses qu’on ne peut tout simplement pas régler en faisant comme si elle n’existaient pas » … « et qui sait si ça va bien se passer. Tant de choses peuvent arriver »… « tout n’est pas toujours facile et personne ne sait ce que le futur nous réserve ».

C’est ce que semble dire un petit oiseau en traversant bravement d’un pas décidé les pages, l’une après l’autre, jusqu’à disparaître, laissant tous ceux qu’il a croisés perplexes. Ceux-ci, successivement, lui ont souhaité bonne chance sur tous les tons. L’autruche coquette, les chats amoureux,  l’éléphant dans son hamac lui font un joyeux cortège et applaudissent à la fin son exploit, qui surprend autant le lecteur qu’eux -mêmes. Succès, amour, fortune, tout est décroché par ce petit être décidé et chanceux. L’album pétille de toutes ses bulles et parlera à toux ceux qui ont un jour eu envie de tenter quelque chose, de 3 à 133 ans.

 

05 janvier 2011

Les Pozzis, t. 3 et 4 (Léonce, Adèle)

Les Pozzis, t. 3 et 4 (Léonce, Adèle)
Brigitte Smadja

L’école des loisirs (Mouche), 2010

Série minime

Par Anne-Marie Mercier

pozzis3.aspx.gifLes Pozzis sont la chronique en plusieurs volumes d’un peuple de petites personnes (20 cm, nous dit-on) vivant assez joyeusement sur un tapis d’herbes et d’eau. Ce pourrait être celle d’une tribu ou d’une famille, mais ici point de parenté : les enfants arrivent on ne sait d’où, restent quelques jours dans la tente du chef du moment, puis sont « adultes » et rejoignent les autres. Peu de travail, hors la construction de ponts d’herbes sur les marais, beaucoup de fêtes (qu’on appelle Récréations). Ils semblent avoir un sexe, vu leurs prénoms (Adèle, Léonce) et les genres grammaticaux qui les désignent, mais ce n’est pas sûr. Un genre de schtroumpfs sympathiques en robes changeantes et aux jambes terminées par des sabots, une colo en plein air (mais chacun a sa propre grotte) où l’on se nourrit de soupe et où le chef décide des occupations de chacun et punit de corvées ceux qui font des bêtises et se laissent aller à la colère. Les dessins d’Alan Mets, esquisses charmantes et colorées à l’aquarelle donnent joyeusement corps à ces êtres schématiques.

Chaque petit volume comporte une ou plusieurs aventures, à la mesure de ce petit monde où la grande inquiétude est le « Lailleurs », ce qui est tout autour, et la Spirale, grand ouragan qui emporte tout. Et chaque volume se clôt sur un mystère qui fait qu’on lira la suite (ou qu’on voudra la lire au moment où on achève sa lecture). Tout est assez incertain : pourquoi certains pozzis connaissent des mots que les autres ignorent, les directives sibyllines laissées par l’ancien chef, etc. Il y a une inspiration à la Claude Ponti dans la naïveté des personnages, dans certaines inventions verbales, dans les atmosphères.

Brigitte Smadja dit s’être inspirée d’un lieu appelé Pozzis en Corse. On peut lire sur internet, dans un site qui leur est dédié que c’est « un petit coin de paradis », un « lieu magique », « le ciel et la terre s'y rejoignent dans les reflets des mares »… C’est un monde de tourbière cerné de montagnes, un écosystème très fragile menacé par le tourisme. Voyant les photos de ce lieu, on comprend comment l’idée d’inventer un petit peuple vivant en autarcie et inquiet de l’inconnu qui l’entoure a pu germer. Mais il est douteux que cette évidence suffise (d’autant qu’Alan Mets a mis en valeur les personnages et non le lieu) à faire tenir l’œuvre.

L’ensemble est attachant mais laisse perplexe. Sans doute, quand l’ensemble sera achevé, verra-t-on où tout cela veut aller ? L’Ecole des Loisirs semble se prêter ici à la mode des séries d’une façon purement commerciale. On songe au Sorcier ! de Moka,  qui aurait pu être une très belle œuvre, marquante, s’il n’avait pas été débité en de multiples épisodes, ce qui a provoqué des longueurs et des affaiblissements. Ici, en attendant la suite, l’image de ce petit peuple livré à un jeu perpétuel à peine interrompu par quelques catastrophes est séduisante, mais pas plus.