21 février 2012

Les poulets guerriers

Les poulets guerriers
Catherine Zarcate, Elodie Balandras
Editions Syros (Album Paroles de conteurs)

par Aurélie Caruso et Céline Rican

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Il était une fois, en Afrique, des guerriers... Oui, de vrais guerriers Massaï à quelques détails près : ce sont de jeunes poulets dont la crête se dresse vers le ciel grâce à la magie du gel coiffant ! Déterminés, ils traversent le village pour emprunter le sentier de la guerre. Un petit poussin souhaite les accompagner : pas question, bien trop petit ce poulet là ! Soudain, dans la brousse apparaît l'ennemi : un chat tigré qui se lèche les babines en comptant les jeunes poulets. L'esprit guerrier cède alors la place à la panique chez les gallinacés. Ils sont pris au piège, ils ont peur... Comme vous le savez, les chats ne conçoivent pas un régal sans jeu. Alors, le chat sauvage de la brousse se délecte à l'idée du repas qui l'attend, en grattant un petit air à la guitare. Mais que se passe-t-il quand les petits poussins connaissent des chants guerriers capables d'effrayer le plus redoutable félin de la brousse ?

L'histoire est drôle et touchante : de jeunes poulets s'appliquent à faire les coqs pendant qu'un petit poussin devient un héros sans le vouloir. L'auteur porte un regard aussi amusé sur l'adolescence qu’attendri face à la capacité d’émerveillement qui caractérise l'enfance.

L'objet livre est beau, c'est un album grand format qui met en valeur le travail d'illustration d'Elodie Balandras. Les illustrations, pleine page, avec des couleurs chaudes, des personnages expressifs et drôles s'accordent parfaitement à l'humour et à l'enthousiasme de la conteuse. La composition du texte est elle-même travaillée de manière à rendre au conte, toute sa vitalité communicative. Les petits et les grands auront sans doute envie de jouer avec les différentes voix des personnages, et les enfants seront désormais convaincus qu'on a toujours besoin d'un plus petit que soi.

 

10 novembre 2011

Le conte des étoiles filantes

Le conte des étoiles filantes
Nicolas Marie, Jeanne Gomez

Le buveur d’encre, 2010

L’heure du conte

 

par Christine Moulin
conte étoiles filantes.jpg

Voilà un bon conte des origines, comme on n’en fait plus. Pas d’ironie, pas de modernisation, pas de second degré, pas d’intertextualité aguicheuse (ou du moins, s’il y avait quelque allusion, je ne l’ai pas vue !). Un conte qui commence par « Il était une fois » et qui se termine par « Depuis ce jour ». Avec un roi, une reine qui ne peut pas avoir d’enfants, de la magie, une forêt et tout et tout. Et même, en prime, des imparfaits du subjonctif ! Si !

Bref de la belle ouvrage. Un tantinet surannée, ce que confirment les illustrations délicatement aquarellées.

Un regret : pourquoi révéler par le titre que c’est l’origine des étoiles filantes qui va être expliquée ? Je crois que j’aurais préféré avoir la surprise. Question de goût.

07 novembre 2011

Les carottes sont cuites pour le Grand Méchant Loup


Les carottes sont cuites pour le Grand Méchant Loup

Suzanne Bogeat, Xavière Devos
L’élan vert, 2010

Un enième loup végétarien

par Christine Moulin


suzanne bogeat,xavière devos,l'élan vert,loup,conte,petit chaperon rouge,trois petits cochons,intertextualité,stéréotype,christine moulinOn n’en sort plus : constater que le stéréotype du loup méchant s’est mué en stéréotype du loup gentil est devenu un poncif. Tant il est vrai que la veine est inlassablement sollicitée, avec son cortège d’allusions intertextuelles attendues : la Chèvre de Monsieur Seguin, les Trois Petits Cochons, le Petit Chaperon Rouge. Voici donc encore un loup condamné aux légumes, cette fois-ci à cause de son grand âge. Il va voir un médecin mais n’est pas Gotlib qui veut. Il reçoit l’aide de ses anciens adversaires et bien sûr, tout est bien qui finit bien.

Seule originalité : les illustrations nous montrent Violette, la fille du Petit Chaperon Rouge. Elle est bien mignonne, va…

28 octobre 2011

La Petite poule rouge

La Petite poule rouge
conte de la tradition raconté par Anne Fronsacq et illustré par Madeleine Brunelet

Père Castor Flammarion, 2011

 

Conte traditionnel remis au goût du jour

par Sophie Genin


9782081246560.gifLe fameux conte de la petite poule rousse, classique, traitant de la solidarité avec impertinence, revient mais... elle est rouge ! La couverture, avec cette toute petite gallinacée à la grande ombre, donne envie de redécouvrir cette histoire de poule faisant son pain toute seule, sans aucune aide de ses amis, paresseux et pas généreux. Les illustrations, colorées et vives, la réactualisent et la tournure répétitive choisie pour ce conte en randonnée le rend très accessible. Le Père Castor reste un incontournable pour les contes traditionnels et la volonté affichée de modernisation des illustrations fonctionne parfaitement dans ce nouvel opus !

17 octobre 2011

Ma Soeur-Etoile

Ma sœur étoile

Alain Mabanckou, Judith Gueyfier
Seuil Jeunesse, 2010


Dessine-moi un Petit Prince

par Christine Moulin

soeur étoile.jpgAu milieu des avatars médiatiques plus ou moins réussis du Petit Prince, cet album fait chaud au cœur. Le format en est conforme au propos : généreux. Les illustrations, aux riches couleurs nocturnes, font la part belle aux doubles pages et permettent de pénétrer dans un univers onirique peuplé de moutons. C’est qu’en effet l’intertexte de l’ouvrage de Saint-Exupéry est très présent : en dehors du célèbre ovidé, on retrouve l’Afrique (mais pas celle du désert), l’étoile et au-delà, la célébration de la foi en l’amour, qui triomphe du deuil, le mépris des richesses matérielles, le pouvoir de l’amitié. Seule manque au rendez-vous « l’absente de tout bouquet », la rose… A peine peut-on regretter un début un peu lent : mais c’est que cet album est sans doute plus poétique que narratif, au fond.

Vous pouvez aller visiter le site de l’auteur.

14 octobre 2011

Celui qui voulait changer le monde

Celui qui voulait changer le monde

Juliia, Célia Chauffrey
Auzou, 2010

 

"Trouver la voie de son royaume"

Par Christine Moulin


changer monde.jpgCet album aux belles dimensions attire par sa couverture, envahie par un immense cœur rouge, sur lequel est juché un petit garçon à l’allure décidée. Le titre est celui d’un conte et de fait, on a bien affaire à un conte, initiatique. Le héros, qui a la beauté de sa mère et la force de son père, a malgré tout reçu d’eux en héritage un certain désabusement : sa mère chante, sans se lasser, il est vrai, la venue toujours repoussée du roi qui va changer le monde. Son père, qui a voyagé, ne lui cache pas l’horreur des « hommes qui se battent », des « femmes qui pleurent » et des « enfants qui ont faim ». Alors, les poings du jeune garçon, Simon, restent serrés. Jusqu’à ce qu’arrive un oiseau, qu’il va suivre et qui le mènera vers la seule véritable quête qui vaille.

Le propos, poétique, humaniste, optimiste ne peut qu’ouvrir à la discussion : on pourrait craindre qu’il célèbre une forme de repli sur soi. Mais, en fait, on comprend qu’il s’agit de hiérarchiser ses efforts : inutile de vouloir changer le monde, si on ne fait pas sur soi le travail nécessaire, si on ne s’ouvre pas à l’autre. Et surtout, il vaut peut-être mieux habiter le monde que le changer. Reste à savoir si ce message ne paraîtra pas un peu trop réformiste à certains.

 Le site de Célia Chauffrey.

 

12 juillet 2011

Le cas Jack Spark, saison 1 : l’été mutant

Le cas Jack Spark, saison 1 : l’été mutant
Victor Dixen
Gallimard (pôle fiction/fantastique), 2011

Vacances au ranch du cauchemer

par Anne-Marie Mercier

Victor Dixen Gallimard (pôle fiction/fantastique),Anne-Marie Mercier,conte,ogre,fées,métamorphose,adolescent,MermerIl y avait la veine Enfant Océan, réécriture de conte, la veine Harry Potter, mixage de mythes et de « collège novel », Twilight qui faisait se rencontrer « collège novel » et vampires… Victor Dixen arrive à faire mieux encore, en mélangeant tous ces ingrédients dans un roman étonnant, haletant et poétique.

Le narrateur est envoyé dans un pensionnat au fin fond du Colorado qui se rapproche davantage du bagne que du ranch que l’on a vendu aux parents (on songe alors au Passage de Sachar). Il tombe raide amoureux d’une belle kleptomane et fascine un étrange adolescent habillé en Hamlet, citant Shakespeare par coeur, et la Bible. Sa bande d’amis (tous assez frappés, comme le reste des élèves) se heurte à un autre groupe, dirigé par un garçon très méchant. Rivalités, jalousies, intrigues se développent en parallèle avec la préparation d’une représentation de Roméo et Juliette. Les animateurs jouent des personnages de western ; une étrange religieuse soumet les personnages à l’épreuve du baquet de Mesmer qu’elle a réinventé pour pomper leur énergie à mort…

Jusque là, on pense à un récit réaliste qui cherche l’excès et frôle le genre frénétique, mais très vite le récit bascule dans le fantastique avec la découverte de la nature monstrueuse du directeur de l’établissement et des êtres qui peuplent la forêt avoisinante. Les allusions aux contes se multiplient (Le Petit poucet, Barbe Bleue, La Belle au bois dormant…). La métamorphose progressive du héros le plonge dans des affres identitaires (il est de la race des « méchants », des Fés) et les super pouvoirs qu’il expérimente tour à tour évoquent les jeux vidéos, où chaque situation demande des capacités différentes. Le thème de la difficile maîtrise de soi face aux désirs et aux colères, classique de la littérature pour adolescents, est au centre de son évolution.

Le roman tout entier est un brassage systématique de thèmes et de jeux, d’échanges de rôles, de renversements. L’ensemble est bien écrit et très ingénieux.

La série a déjà été publiée en grand format (3 volumes parus, 2009-2011, le 4e à paraitre) chez Jean-Claude Gawsewitch, a obtenu le « Grand prix de l’imaginaire – Étonnants voyageurs 2010 et connaît un grand succès. 

C’est une belle lecture en poche pour l’été, en attendant la suite à l’automne, pour ceux qui n’auront pas lu la série. Le terme de  « saison » qui désigne les volumes ne fait pas allusion aux séries télévisées mais aux couleurs des récits. Ici l’été est étouffant et torride, la saison suivante, l’automne, sera celle de la chasse…

18 juin 2011

L'Oiseau de feu

L'Oiseau de feu

Adapatation : Mairi Mackinnon
Usborne (La Malle aux livres), 2011

Nouvelle version d'un classique russe

par Sophie Genin

 

 

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De nombreux éditeurs fameux et sûrs se sont attaqués à cette adaptation d'un des contes russes les plus connus et les plus populaires dont une des versions a inspiré un ballet célèbre à Igor Stravinski. L'adaptation proposée par Usborne est accompagnée d'illustrations d'Alida Massari brillantes, colorées et nombreuses. Elles rendent le texte vivant et son univers magique accessible. Mais l'ensemble manque de virtuosité et d'originalité. En effet, la collection "la Malle aux livres" est trop "didactique", dans la mesure où l'éditeur a voulu calibrer un très beau texte, pour qu'il "colle" au "niveau trois", qui "convient au lecteur plus âgé capable d'aborder une longue histoire".

 

Préférez, pour découvrir ou redécouvrir le pommier aux fruits d'or, l'oiseau mythique et la quête du fils du Tsar, la version proposée par L'Ecole des Loisirs dans le recueil de Contes russes d'Afanassiev ou celles avec CD chez Actes Sud Junior et Calligram.

 

 

 

 

 

12 juin 2011

Poucette

Poucette
Andersen, Charlotte Gastaut

Père Castor, 2011

Une nouvelle vision de Poucette

par Sophie Genin

 

9782081246423.gifCharlotte Gastaut est l'auteur et l'illustratrice du Grand Voyage de mademoiselle Prudence, dédicacé à sa Prudence : "Sois libre mon amour ! Mon hirondelle, ma toute belle." Le personnage que la petite fille avait inspiré, ainsi que l'hirondelle évoquée dans cette phrase, semblent conduire logiquement à cette magnifique version de Poucette, dédicacée, cette fois-ci, à sa Violette, nouvelle inspiratrice : "Toujours heureuse mon amour. Je t'aime infiniment. Ma merveille. Ma mignonne. Ma rigolote."

 

Le grand format et le fond bleu violet de la couverture, avec l'hirondelle et l'héroïne du conte entourées de fleurs, attirent le lecteur. En ouvrant l'album, on découvre les illustrations caractéristiques de Charlotte Gastaut : l'utilisation du rose fluo, les détails fleuris japonisants et le petit personnage féminin, sorte de petite soeur de Prudence. L'illustratrice est une habituée du Père Castor mais aussi d'Andersen, puisque Cendrillon et La Petite Sirène l'avaient déjà inspirée. Cette fois-ci, son ton s'est affirmé et le résultat est à la hauteur de ce beau conte qu'elle réactualise dans une atmosphère atemporelle et onirique. Redécouvrir ce conte classique grâce à cette illustratrice est un vrai bonheur !

20 mai 2011

Sur la bouche

Sur la bouche
Antonin Louchard
Thierry Magnier (tête de lard), 2011

Cap ou pas cap d'embrasser cet album ?

par Sophie Genin

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Antonin Louchard l'avait déjà commis en 2003 chez un autre éditeur. Il se fait plaisir (et à nous par la même occasion !) en rééditant ce petit album cartonné, "à embrasser", comme nous l'apprend la couverture, dans la collection dont il est responsable chez Thierry Magnier. 


"Livre à embrasser", en effet, car le pauvre prince transformé en crapaud par un "sorcier très méchant" demande à une princesse qui lirait cette histoire de le délivrer de sa malédiction en l'embrassant, tour à tour sur le front, les yeux, les pieds, les mains... jusqu'au baiser salvateur. Mais la fin, surprenante, c'est peu de le dire, nous fera, comme très souvent chez cet auteur illustrateur de talent, nous esclaffer et crier "beurk" en même temps !

De plus, outre les références aux contes de fées traditionnels et l'humour décapant de son auteur, le texte, écrit en jaune sur fond rouge, rime. Citation à l'appui, comme mise en bouche (!), pour finir :

"Mais il me faut
une vraie princesse
pas une grenouille
avec des tresses
pour que le charme soit brisé
Embrasse-moi sur les pieds."