28 février 2012
Quand la révolte gronde
Quand la révolte gronde
Anne Lecap
Illustrations Marcelino Truong
Flammarion jeunesse
C’est la lutte…. !
Par Chantal Magne-Ville
Un roman dont l’héroïne est une fille, et qui plus est syndicaliste de la première heure, est suffisamment rare pour que le salue. L’histoire retrace avec une extrême fidélité la découverte par Emilie des rapports d’oppression au sein d’une usine textile ardéchoise, au moment de l’avènement du Front Populaire. Face aux tout récents accords de Matignon auxquels les patrons résistent, les ouvriers, menés par Emilie, osent faire grève et obtiennent gain de cause. Agrémentée d’une histoire d’amour, la peinture des conquêtes sociales est précise et parfois si exhaustive qu’elle rejoint davantage le docu-fiction que le véritable roman. Ces quatre mois de l’été 36 dépeignent en effet le bonheur des congés payés, les augmentations de salaire et surtout la réduction du temps de travail à 40h, qui invente le week-end et permet de prendre le temps de vivre. Mais le caractère stéréotypé des personnages et l’intrigue souvent un peu trop prévisible n’emportent pas toujours l’adhésion, à l’image du personnage mystérieux du mercenaire briseur de grève. Le dénouement façon happy-end a également du mal à convaincre. Une lecture très instructive cependant, dont le style simple et extrêmement classique facilitera l’approche des jeunes lecteurs.
20:04 Publié dans LJ : roman historique, LJ : roman réaliste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anne lecap, front populaire, grève, usine, flammarion jeunesse, chantal magne-ville
17 février 2012
Fanfantôme
Fanfantôme
Charlotte Sjöstrand
L’école des loisirs
Tourne manège ?
Par Chantal Magne-Ville

Un adorable petit livre qui évoque les aléas de la propreté sur un mode léger. Il suffit de voir la mine dépitée du petit fantôme trop pressé qui vient de faire pipi sur son drap et cache la tache, puis d’entendre le ton mi-grondeur mi-amusé de la maman qui l’expédie illico dans la machine à laver pour se convaincre que tout ceci n’est pas bien grave. L’image circonscrite dans un cadre blanc met en relief le décor fait d’innombrables nuances de gris sur lequel les fantômes découpent leurs silhouettes dynamiques et pleines d’entrain. Seuls les yeux et les joues sont recolorisés ce qui ajoute de la vivacité aux scènes pleines d’humour. Fanfantôme, par exemple, se lie d’amitié sur l’étendage avec une petite culotte timorée qu’il entraîne dans ses jeux car il vole, et le résultat ne se fait pas attendre : les voilà encore plus sales qu’avant…. Mais c’est lui qui réclame de retourner dans la machine….
19:49 Publié dans LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : charlotte sjöstrand, fantôme, propreté, l’école des loisirs, chantal magne-ville
12 février 2012
Qui a peur de quoi ?
Qui a peur de quoi ?
Coralie Saudo
Les 400 coups
A chacun sa peur
Par Chantal Magne-Ville
Un album qu’on ne se lasserait pas de palper tant sa couverture rembourrée est douce sous la main. Il renouvelle avec bonheur les rimes sur les prénoms en traitant des craintes enfantines. Chaque enfant a sa peur, sauf Adrien qui affirme n’avoir peur de rien, mais de ce fait se retrouve seul et malheureux.
L’illustration totalement redondante avec le texte permet à l’enfant d’anticiper sur la rime qui va suivre. Sur un fond constitué de collages colorés et inventifs, les personnages enfantins, ronds à souhait, semblent des galets peints auxquels on a rajouté des bras, ce qui ne limite cependant pas leur expressivité. Ecole, piscine, jardin public, l’univers des enfants est transposé et totalement reconnaissable avec un luxe de détails qui mêlent réalisme, fantaisie et merveilleux. Un livre précieux car il montre l’importance du groupe et de la diversité.
19:49 Publié dans LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : groupe, solitude, coralie saudo, les 400 coups, peur, chantal magne-ville
03 février 2012
C’est moi qui lapin
C’est moi qui lapin
Jean Gourounas
Rouergue
Fais comme moi
Par Chantal Magne-Ville
Un joli petit livre au format carré, aux illustrations tout en douceur, dont le titre joue sur les mots « lapin » et « la peins ». Il s’agit en effet de peinture. Un petit lapin blanc s’adresse directement à son lecteur, en commentant ce qu’il est en train de créer au moyen de couleurs variées. La surprise naît du fait que peu à peu les formes approximatives ainsi créées – pré, nuages, soleil, fleurs… – viennent peu à peu orner le corps du lapin, qui se complète, et ce de jour comme de nuit. Ces transformations au caractère quelque peu magique sont soulignées par un texte minimaliste qui parfois rime, ajoutant ici et là une touche de poésie. Une incitation à la création en toute simplicité.
15:45 Publié dans LJ : albums, LJ : tout petits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : peinture, création, jean gourounas, rouergue, chantal magne-ville
18 juillet 2011
Mais où est- donc le lapin ?
Mais où est- donc le lapin ?
Chun- Liang Yeh, Sophie Roze
HongFei (en quatre mots), 2010
par Chantal Magne-Ville
Fables à la chinoise
Par son format étroit et vertical, cet album se rattache immédiatement à l’esthétique chinoise pour mettre en scène deux « chengyu », proverbes très connus, dont la morale se décline en quatre mots en chinois : « attendre le lapin sous un arbre » et « un lapin malin a trois terriers ». Ces deux fables ont en commun l’attente et le jeu de cache-cache avec le paysan ou avec les chiens. L’illustratrice fait des collages où domine la texture des papiers et des tissus, mais l’expression des sentiments est toujours très raffinée, les postures et les mimiques extrêmement suggestives et empreintes d’humour. Autour des principaux protagonistes que sont les lapins et les chiens, les autres animaux de la forêt ou bien des villageois forment une espèce de chœur antique, avec une grammaire des visages qui figure en contrepoint, l’inquiétude, la déploration, l’incompréhension ou la moquerie, ce qui en rend la compréhension aisée même pour les plus petits. Les plus grands seront sensibles aux valeurs explicitées par l’histoire.
18:53 Publié dans LJ : albums, LJ : tout petits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chun- liang yeh, sophie roze hongfei (en quatre mots), chantal magne-ville, fable, chine, animaux, lapin
16 juillet 2011
Un jour je suis mort
Un jour je suis mort
Kyunghye Lee
Traduit du coréen par Catherine Baudry et Sohee Kim
L’école des loisirs (Médium), 2011
L’amour, est-ce que ça se mérite?....
Par Chantal Magne-Ville
« Un jour je suis mort » : un titre accrocheur que cette phrase découverte par Youmi sur la page de garde du journal intime de son copain Jaijoun, mort deux mois auparavant dans un accident de moto. La maman de ce dernier n’a pas eu la force de lire le cahier bleu et le lui a confié. L’intérêt du roman tient surtout dans la découverte, au fil des semaines, des réactions de Youmi, une adolescente écorchée vive, pétrie de culture coréenne mais aux préoccupations finalement très semblables à celles des adolescentes européennes.
La lecture fragmentée du journal intime de Jaijoun fait naître de nombreuses réflexions sur le sens de la vie et des amours rêvées ou inatteignables. Le point de vue interne rend l’émotion poignante, tout en laissant transparaître la complexité d’une amitié amoureuse qui ne dit jamais son nom. A part quelques longueurs, la tension psychologique ne retombe jamais car Youmi découvre peu à peu qui était véritablement son ami et pourquoi il est mort. Le ton n’est cependant pas pathétique malgré la gravité du sujet qui évite toujours le larmoiement et sait toucher son public.
17:30 Publié dans LJ : roman réaliste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kyunghye lee, l’école des loisirs (médium), chantal magne-ville, mort, amour, corée, journal intime, adolescent
14 juillet 2011
Les derniers jeux de Pompéi
Les derniers jeux de Pompéi
Anne Pouget
Casterman, 2011
Pompéi comme si vous y étiez....
Par Chantal Magne-Ville
On peut dire que la « transportation » dans l’Italie des années 79 est totalement réussie car Anne Pouget, en historienne érudite sait multiplier les effets de réel transformant parfois ce roman en véritable cours d’histoire. Le lecteur participe ainsi de près à la vie quotidienne des foulonniers ou des gladiateurs et découvre ce qu’on mangeait à l’époque, ou l’état de la chirurgie. Aucun aspect n’est négligé, en passant des élections à la religion et à l’habitat au risque de digressions un peu longues parfois. Les commerçants de Pompéi nous deviennent quasi familiers. Mais nous ne saurons presque rien de l’éruption du Vésuve qui n’intervient qu’à la fin, créant cependant une tension permanente.
Qu’en est-il alors de l’intrigue ? Il faut reconnaître que son intérêt tient pour beaucoup à la personnalité de Lucius, le jeune héros dont le métier est de collecter les urines utilisées pour blanchir le linge. Il a en charge Beryllus, un grand frère un peu simplet dont les bêtises sont source de péripéties multiples qui conduiront Lucius à Ostie où un riche patricien lui donnera les moyens de dessiner et d’apprendre le grec, la langue des savants.
L’étonnement provient de la modernité des sentiments de Lucius qui s’insurge notamment contre le sort fait aux esclaves en qui il voit des hommes, tout comme Sénèque avant lui, ainsi que le lui apprend un homme politique. Il n’hésitera pas à donner son sang pour sauver un gladiateur noir devenu son ami. Le ton demeure cependant plutôt léger et les bons sentiments triomphent toujours, à l’image de la fin où toutes les tensions se résolvent.
17:31 Publié dans LJ : roman historique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pompéi, anne pouget, casterman, antiquité, histoire, chantal magne-ville
13 juillet 2011
La grande dame et le petit garçon
La grande dame et le petit garçon
Geert DE Kockere, illustrations de Kaatje Vermeire
Rouergue, 2010
par Chantal Magne-Ville
Le format imposant de cet album contribue à renforcer l’impression de mystère qui domine dans cette histoire du lent apprivoisement d’un petit garçon par une vieille femme imposante, qu’il redoute au début sans pouvoir pour autant échapper à sa fascination.
La structuration des images reflète la vision initiale de l’enfant, qui craint qu’elle ne soit une ogresse, au point que la femme n’entre pas toujours entièrement dans le cadre, alors que l’enfant est réduit à une silhouette. Les visages demeurent flous tant que la reconnaissance mutuelle n’est pas intervenue. L’ombrelle de la vieille femme et la cage de son oiseau deviennent des pièges à enfants, et tendent au début à occuper tout l’espace. Les tons bruns et sépia sont austères et ne s’éclairent que progressivement par les couleurs qui ornent le vêtement de l’enfant. L’instant de la rencontre est symbolisé par une contre-plongée sous les jambes des gens normaux, où les visages se colorent et ont enfin des traits précis. Métaphore de la découverte, l’énorme sac à provisions qui intriguait tant l’enfant porte un trou de serrure dans lequel il finit par s’introduire.
Le texte bien que traduit du néerlandais, en une mosaïque de petites phrases, relève de la prose poétique et son dépouillement sert bien la montée de cette amitié singulière. L’échange symbolique des cartes de chats contre des dessins se résout devant la porte, dernière barrière avant la rencontre véritable. Celle-ci est remarquablement représentée : on sent que Kaatje Vermeire, dont c’est le premier album en tant qu’illustratrice, a travaillé la gravure car elle parvient à faire ressortir le moindre relief du bois de manière quasiment tactile.
18:51 Publié dans LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : geert de kockere, kaatje vermeire, chantal magne-ville, rencontre vieillesse rouergue


