08 mars 2012

Henderson's Boys, t. 4: Opération U-Boot

Henderson's Boys, t. 4: Opération U-Boot
Robert Muchamore
Casterman, 2011

Plouf !

par Anne-Marie Mercier

Henderson's Boys, t. 4- Opération U-Boot.gifCette série raconte les aventures du fondateur de Cherub, l'école de jeunes espions qui a donné son nom à une série hélas désormais «culte».

 

Le cadre est celui de la deuxième guerre mondiale, dans la France occupée. Les jeunes gens sont très héroïques, l'ennemi très méchant. La possibilité d'être torturé est une obsession qui rappelle le goût des romans d'espionnage les plus douteux pour les scènes de ce genre. Seule originalité, le héros adulte est peu recommandable sur le plan moral, se saoulant et cherchant à séduire une de ses très jeunes coéquipières le jour même de la naissance de son premier enfant. Certes, Les adultes sont rarement des modèles en littérature pour adolescents, mais ici le problème est que ce personnage est Le modèle.

 

Ajoutons que les dialogues sont affligeants et que ce roman manque parfois de rythme et souvent d'intérêt.

 

 

 

 

 

23 février 2012

Le Rebelles de St Daniel, t. 1 : Appelez-moi Ismaël

Les Rebelles de St Daniel, t. 1 : Appelez-moi Ismaël
Michael Gerard Bauer

Traduit (anglais, Australie) par A. Pinchot
Casterman, 2011

 

L’éloquence contre la violence

 

par Anne-Marie Mercier

 

 Appelez-moi Ismaël.gifL’arrivée d’un « nouveau » dans une classe est un thème littéraire fécond. Ici, il s’agit d’un garçon frêle, agité de tics et savant nommé Scobie, victime désignée pour le tyran du collège St Daniel. Scobie se lie en plus avec celui qui était jusque là le souffre-douleur en titre, Ismaël, narrateur de cette histoire. Celui-ci est dans un premier temps assez content de se trouver un « remplaçant ». Mais rien ne se passera comme prévu. Le fait qu’Ismaël restera jusqu’au bout un garçon complexé et persuadé qu’il attire le malheur est également inattendu, tant la littérature de jeunesse tente ordinairement de faire croise aux miracles. Il n’y aura pas de renversement des rôles, mais Ismaël se découvrira un peu de courage (très peu) et beaucoup de philosophie. Il découvrira aussi dans sa nuit quelques étincelles d’amitié et d’amour.

 

Entretemps, Scobie se sera imposé grâce à deux armes imparables : il ignore toute peur depuis qu’il a été opéré dune tumeur au cerveau et a le sens de la répartie. Il aura monté une équipe pour une compétition d’… éloquence inter-établissements avec des compétiteurs tous plus improbables les uns que les autres (dont Ismaël, incapable de parler en public). Ismaël aura parlé à une fille, accumulé les maladresses et découvert le roman de Melville, Moby Dick, dont la première phrase lui a donné son nom, provoquant tous ses malheurs.

 

La violence scolaire n’est pas édulcorée, mais l’humour la rend regardable et permet une réflexion sur les moyens de s’en extraire par la parole et l’esprit. On rit beaucoup en lisant ce roman catastrophe, tant le ton du narrateur est proche des ses états d’âme. L’une des phases de Melville placées en exergue aux chapitres du livre qualifie d’ailleurs la vie de « vaste farce » : « et nous sommes nombreux à penser que cette farce se joue à nos dépens et à eux seuls ». Ainsi, il n’y a pas qu’Ismaël qui aura pris des leçons de philosophie… et l’envie de lire Moby Dick.

 

20 janvier 2012

Cherub, vol. 1: Cent jours en enfer

Cherub, vol. 1: Cent jours en enfer
Robert Muchamore

Traduit (anglais) par Antoine Pinchot
Casterman, 2011

Petit manuel de machiavelisme pour les enfants
 

Par Anne-Marie Mercier

michael gerard bauer,moby dick,timidité,persécution,école,parole,éloquence,concours,cancer,castermanLe premier tome de la série « culte » de Cherub est publié en poche… Enfin, direz-vous ? Hélas, plutôt… Bien sûr, ce sont des romans d’action bien menés ; bien sûr le jeune héros, James, petit délinquant qui ne pense qu’à jouer à la PlayStation et à regarder la télé et qui est sauvé par l’"organisation" Cherub peut séduire certains.

Mais l'école de Cherub ressemble beaucoup à un camp d’entraînement (le titre, « 100 jours en enfer », désigne le programme d’entraînement intensif des futurs agents-espions), la discipline est menée à coup de punitions humiliantes, l’enseignement présenté comme un enseignement d’élite pour une élite (10 élèves par classe).

Enfin, sur le terrain, les jeunes gens ont une activité d’espions : mensonge, dissimulation et trahison sont leur domaine. Le seul interdit (« ne pas nuire à des innocents ») est hardiment franchi au prétexte que « on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs ». La volonté d’entrer dans la complexité est intéressante, mais

Le succès de la série montre-t-il que le nouveau rêve des adolescents n’est plus d’être un hardi policier, ou sorcier, ou voleur, mais d’être un enfant soldat ? que l’école dont ils rêvent est un pensionnat-prison militaire ? ou bien est-ce juste pour se faire peur ?

Le prétexte est que ces héros eux aussi « sauvent le monde », mais au bénéfice de qui ? Dans ce premier volume c’est au bénéfice des compagnies pétrolières contre les hippies et les écologistes. Bien sûr, les uns agissent en toute légalité et les autres pas… mais si la littérature pour adolescents se met à donner la primauté au Droit contre la Justice, il y de quoi s’interroger.

Enfin, que je sache, les écologistes – fussent-ils terroristes (?) – n'ont jamais commis d'attentats sanglants. Que le livre fasse croire le contraire n'est pas innocent.


Quant à l’écriture, elle est d’une platitude sans nom.

 

Pour aller plus loin, lisez la chronique- coup de gueule parue sur le blog de Patrice Favaro.

Et lisez plutôt Grande école du mal et de la ruse de M. Walden (oui, les héros sont des affreux jojo délinquants, mais au moins c’est drôle) ou Jimmy Coates de Joe Craig, A comme Association de Bottero et L'Homme (surtout les deux premiers), éventuellement Spy High (série, pas excellente, mais moins inquiétante, pour ce que j'en ai vu). Et, pourquoi pas, les Langelot (Lieutenant X/ Vladimir Volkoff), romans d’espionnage pour la jeunesse bien conservateurs mais écrits avec style.

01 décembre 2011

Plouf

 Plouf
Emile Jadoul

Casterman, 2011

Narratologie pour les 2-3 ans

par Christine Moulin


plouf.jpgVoilà un mignon petit livre cartonné qui raconte ce qui peut bien se passer dans une baignoire. Au début, on pense que ce sera un album à compter comme les autres, sauf que dès la deuxième péripétie, ce sont deux animaux, et non pas un seul, qui se présentent pour faire trempette. Ensuite, on pense à Eléphant bleu, (Hirotaka Nakano, Flammarion, Père Castor) et puis … non. Et du coup, on se voit initié à la notion de « chute », mine de rien. Et puis, surtout, on rit ou on sourit, selon l’âge et c’est tout ce qui compte !

 

14 juillet 2011

Les derniers jeux de Pompéi

Les derniers jeux de Pompéi
Anne Pouget
Casterman, 2011

Pompéi comme si vous y étiez....

Par Chantal Magne-Ville

 

Les derniers jeux de Pompéi .jpgOn peut dire que la « transportation » dans l’Italie des années 79 est totalement réussie car Anne Pouget, en historienne érudite sait multiplier les effets de réel transformant parfois ce roman en véritable cours d’histoire. Le lecteur participe ainsi de près à la vie quotidienne des foulonniers ou des gladiateurs et découvre ce qu’on mangeait à l’époque, ou l’état de la chirurgie. Aucun aspect n’est négligé, en passant des élections à la religion et à l’habitat au risque de digressions un peu longues parfois. Les commerçants de Pompéi nous deviennent quasi familiers. Mais nous ne saurons presque rien de l’éruption du Vésuve qui n’intervient qu’à la fin, créant cependant une tension permanente.

Qu’en est-il alors de l’intrigue ? Il faut reconnaître que son intérêt tient pour beaucoup à la personnalité de Lucius, le jeune héros dont le métier est de collecter les urines utilisées pour blanchir le linge. Il a en charge Beryllus, un grand frère un peu simplet dont les bêtises sont source de péripéties multiples qui conduiront Lucius à Ostie où un riche patricien lui donnera les moyens de dessiner et d’apprendre le grec, la langue des savants.

L’étonnement provient de la modernité des sentiments de Lucius qui s’insurge notamment contre le sort fait aux esclaves en qui il voit des hommes, tout comme Sénèque avant lui, ainsi que le lui apprend un homme politique. Il n’hésitera pas à donner son sang pour sauver un gladiateur noir devenu son ami. Le ton demeure cependant plutôt léger et les bons sentiments triomphent toujours, à l’image de la fin où toutes les tensions se résolvent.