23 février 2012

Le Rebelles de St Daniel, t. 1 : Appelez-moi Ismaël

Les Rebelles de St Daniel, t. 1 : Appelez-moi Ismaël
Michael Gerard Bauer

Traduit (anglais, Australie) par A. Pinchot
Casterman, 2011

 

L’éloquence contre la violence

 

par Anne-Marie Mercier

 

 Appelez-moi Ismaël.gifL’arrivée d’un « nouveau » dans une classe est un thème littéraire fécond. Ici, il s’agit d’un garçon frêle, agité de tics et savant nommé Scobie, victime désignée pour le tyran du collège St Daniel. Scobie se lie en plus avec celui qui était jusque là le souffre-douleur en titre, Ismaël, narrateur de cette histoire. Celui-ci est dans un premier temps assez content de se trouver un « remplaçant ». Mais rien ne se passera comme prévu. Le fait qu’Ismaël restera jusqu’au bout un garçon complexé et persuadé qu’il attire le malheur est également inattendu, tant la littérature de jeunesse tente ordinairement de faire croise aux miracles. Il n’y aura pas de renversement des rôles, mais Ismaël se découvrira un peu de courage (très peu) et beaucoup de philosophie. Il découvrira aussi dans sa nuit quelques étincelles d’amitié et d’amour.

 

Entretemps, Scobie se sera imposé grâce à deux armes imparables : il ignore toute peur depuis qu’il a été opéré dune tumeur au cerveau et a le sens de la répartie. Il aura monté une équipe pour une compétition d’… éloquence inter-établissements avec des compétiteurs tous plus improbables les uns que les autres (dont Ismaël, incapable de parler en public). Ismaël aura parlé à une fille, accumulé les maladresses et découvert le roman de Melville, Moby Dick, dont la première phrase lui a donné son nom, provoquant tous ses malheurs.

 

La violence scolaire n’est pas édulcorée, mais l’humour la rend regardable et permet une réflexion sur les moyens de s’en extraire par la parole et l’esprit. On rit beaucoup en lisant ce roman catastrophe, tant le ton du narrateur est proche des ses états d’âme. L’une des phases de Melville placées en exergue aux chapitres du livre qualifie d’ailleurs la vie de « vaste farce » : « et nous sommes nombreux à penser que cette farce se joue à nos dépens et à eux seuls ». Ainsi, il n’y a pas qu’Ismaël qui aura pris des leçons de philosophie… et l’envie de lire Moby Dick.

 

20 février 2012

Le Petit Sommeil

Le Petit Sommeil
Benjamin et Julien Guérif
Syros (rat noir), 2011

 

Petite forme

 

par Anne-Marie Mercier

 

Le Petit Sommeil .gifUn stage peut mener loin, même (ou surtout ?) si on le fait à contrecœur et dans un lieu aussi peu propice à l’aventure qu’une maison de retraite. Pierre vit seul avec sa mère, n’a de goût pour rien et d’énergie pour rien. Dans son stage, il tombe sous la coupe d’un vieil homme asocial et tyrannique qui l’entraine dans une succession de transgressions de plus en plus douteuses et dangereuses.

 

Si le début du roman est une peinture assez classique d’une adolescence à la dérive, la fin le rattache au roman noir, comme le suggère son titre qui évoque le film de Hawks (ou le roman de Chandler). Mais il n’a de rapport avec ses illustres devanciers, même en petit, que ce titre et la fascination pour l’argent et le luxe qui y est développée en est à des années lumières.

 

 

 

18 décembre 2011

Difficile d'avouer qu'on aime!

Comment (bien)  gérer sa love story
Anne Percin

Rouergue (doAdo ), 2011

 Difficile d’avouer qu’on aime !

par Maryse Vuillermet

 

 comment bien gérée sa love story.jpgEncore une fois, exactement comme pour Comment bien rater ses vacances, du même auteur en 2010,  au début de ma lecture, j’ai été un peu agacée par un langage « djeun » un peu lassant et qui m’a semblé outré, mais, très vite, j’ai oublié mon agacement pour me laisser entraîner dans les péripéties de ses amitiés avec Kevin, très lourd mais d’un bon sens et d’une loyauté à toute épreuve, de sa rencontre sur Spacebook avec Natacha, des cours particuliers donnés à un aspi (comprendre un enfant souffrant du syndrôme d’Asperger, qui ne supporte aucun contact humain), de ses gouters-crêpes chez la grand-mère, de ses répétitions dans sa cave…

Maxime est encore enfantin, mais  fait l’amour avec Natacha, une étudiante en psychologie plus âgée, c’est un intellectuel, un artiste, il improvise à la guitare et a une immense culture en rock-jazz post-punk, mais il n’est pas sûr de lui, bref un adolescent totalement de son époque,  plein de doutes et de certitudes. Il n’est plus le jeune autiste du précédent roman, mais  pour devenir adulte, il a encore pas mal d’épreuves à traverser, comme la disparition soudaine de Natacha à sa soirée d’anniversaire, son arrestation pour détention de téléphone portable de contrebande…

Le ton est cependant plein d’humour, le franglais, le jargon jeune omniprésents; chaque fois qu’il lui arrive un malheur, son énergie et son humour  le font rebondir: on passe un bon moment de lecture en sa compagnie.

 

05 août 2011

LBD, t. 2, En route les filles !

LBD, t. 2, En route les filles !
Grace Dent
Gallimard (pôle fiction/filles), 2011

Le Bouquin Débile ?

par Anne-Marie Mercier

LBD.gifLe deuxième volume de la série, publié aujourd’hui en poche, est à la hauteur de l’ensemble. Les « Bambinas dangereuses » ne se préoccupent que d’elles-mêmes, de fringues et de désirs de célébrité et se donnent une mission : faire tourner en bourrique leurs amoureux et séduire les autres. Ici, on les voit se rendre à un concert et immédiatement se poser la question cruciale : qu’est ce que je vais me mettre ?