20 novembre 2011
Lily Myosotis
Lily Myosotis
Nathalie Mussari, Nathalie Goussé
Coprin, 2010
Noyade dans le bleu
par Christine Moulin

Lily est une vache. Pas bleue. Et c’est là tout son drame car le bleu lui rappelle sa Bretagne natale. Heureusement, un elfe va venir à son secours, s’inspirant vaguement des leçons de Pélagie la sorcière qui passait son temps à perdre son chat noir dans sa maison noire.
Bien sûr, on peut voir le message : il faut se débarrasser de la nostalgie de l’enfance et cesser de vouloir s’incorporer ce que l’on aime pour devenir soi-même (cela dit, Lily va quand même passer sa vie en noir et blanc, comme les copines qui l’ennuient tellement au début de l’histoire).
Justement, on peut voir LE message. Pas beaucoup de jeu dans cet album. La voie, pour Lily, comme pour le lecteur est toute tracée. Les illustrations ne viennent guère à la rescousse, lourdes, redondantes, envahies par les gros plans.
Cela dit, peut-être ce récit peut-il provoquer des discussions dans les cercles philo de maternelle : doit-on ressembler à ce qu’on aime ?
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18 novembre 2011
Au revoir, Papy
Au revoir, Papy
Josy Bidan, Sandrine Lhomme
Nouvel Angle, 2010
Manuel de deuil
par Christine Moulin

Le procédé narratif, sans être original (on songe au superbe Je t’écris, j’écris d’Eva Caban), est intéressant : une petite fille écrit dans son journal intime des lettres à son grand-père décédé. Il y a des moments émouvants : celui où elle manque de garder pour lui le gros bout crémeux de la bûche, celui où elle retrouve le papier où il avait écrit les scores d’un jeu auquel ils avaient joué.
Mais, sinon, dans l’ensemble, on a l’impression de suivre les étapes du deuil, telles qu’elles ont été souvent décrites, avec des variantes, bien sûr, et une accélération peu vraisemblable vers la fin. Les illustrations ne viennent rien bousculer: redondantes par rapport au texte, elles sont sages et se veulent rassurantes.
Mais surtout, on se demande si c’est vraiment ainsi que les enfants vivent la disparition d’un proche. Tout est maîtrisé : pas de peur, pas d’interrogations, une croyance assez lisse en la possibilité de communiquer avec le défunt à travers les rêves. Il semblerait bien plutôt qu’on ait l’explication par un adulte de ce qu’est le deuil à un enfant, ou plutôt de ce qu’il devrait être, pour ne pas paraître trop effrayant, trop cruel. Rien de ce qui fait de la découverte de la mort une étape essentielle dans le devenir de chacun. Mieux vaut relire L’Arbre sans fin de Ponti.
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15 novembre 2011
Le faire ou mourir: Variations sur les modes de la Terreur adolescente
Le faire ou mourir
Claire-Lise Marguier
Rouergue (doAdo), 2011
Variations sur les modes de la Terreur adolescente
par Anne-Marie Mercier
Ce premier roman, malgré sa thématique très ancrée dans l'actualité sociale, surprend - en bien - à plus d'un titre. Écrit à la première personne de façon sobre, son ton peut parfois se révéler lyrique, parfois exacerbé. En phrases courtes, pressées par l'angoisse ou l'exaltation, il raconte plusieurs histoires.
Dans un premier temps c'est l'histoire d'un garçon fragile et sensible, souffre-douleur des cours de récréation, négligé par sa famille, moqué pour ses larmes et ses terreurs d'enfant. Maltraité par une bande, il est sauvé par une autre et s'y agrège avec l'impression d'avoir enfin trouvé un lieu où exister. Que les uns soient des skateurs et que les autres soient des gothiques est assez anecdotique sur le fond mais les réactions des autres aux apparences sont décrites de façon intéressante. On explore donc ici avec beaucoup de pertinence la question de l'appartenance à un groupe, une « bande ».
Dans un deuxième temps, c'est l'histoire de l'amitié entre Damien et Samy, une amitié dans laquelle la dimension physique devient de plus en plus importante. Comme cela est dit explicitement dans le roman, ce n'est pas la question de l'homosexualité qui est traitée ici, mais c'est le portrait d'un amour. L'auteur nous raconte une belle histoire, avec pudeur et beaucoup de sensibilité. Damien le Solitaire et le muet découvre en Samy un "gothique" solaire, à la fois libre et rattaché, à l'aise avec ses parents, à l'aise avec son corps, à l'aise avec les mots, tout ce qu'il n'est pas.
Dans un troisième temps, le lecteur découvre le profond malaise de Damien qui se scarifie, pour éviter d'exploser, par plaisir, pour se sentir exister, tout cela à la fois et d'autres choses encore. Les violences qu'il s'inflige ou qu'il subit, physiques ou psychologique, au collège ou en famille, l'incompréhension de son père, la distance de sa mère, son incapacité à dire, tout cela fait un mélange explosif qu'il ne désamorce, provisoirement, qu'en faisant couler son propre sang.
L'auteur nous propose deux fins possibles. L'une, saisissante, est terrifiante, catastrophique. La deuxième, qui imagine un futur possible à Damien, est réconfortante. Certains voient cette double proposition comme une facilité. J'ai apprécié ce non-choix: il montre que ce n'est que de la fiction. Il montre aussi ce que cette fiction dit du réel: on ne peut fermer le livre sans un sentiment de terreur devant l'idée qui sous-tend ces deux propositions, qu'il suffit de si peu pour faire basculer tant de vie vers tant de mort.
Il est rare que des questions comme celles de la violence scolaire et familiale, de la mode du « gothique » et de la pratique des scarifications soient abordées dans une fiction qui les éclaire de l'intérieur avec autant de cohérence et de compréhension. Il est rare également qu'un roman soulève autant de questions sociales sans jamais cesser d'être... un roman : ici, le parcours de personnages auxquels ont croit et auxquels on s'attache.
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14 novembre 2011
L'effaceur de couleurs
L’effaceur de couleurs
Guy Coda
Editions du Mont Jeunesse, 2010
Une fable shadockienne
par Christine Moulin
Au début il y a une planète, Aïeaïeaïe. Comme elle s’est livrée sans frein aux excès de la consommation, elle est très vite menacée par un méchant nuage qui lui enlève ses couleurs. Ses dirigeants vont voir ceux de la planète Oulàlà, leur voisine. Mais celle-ci n’est pas « aideuse », c’est là son moindre défaut.
Je vous laisse découvrir la suite. Vous le voyez, le scénario n’est pas renversant. Mais les illustrations (des photos d’êtres étranges fabriqués en papier et en ferraille) sont surprenantes, le style assez enlevé, même si l’ironie est parfois un peu facile (« Heureusement, le Président des Douillets était un homme intelligent, sinon on ne l’aurait pas nommé président, c’est sûr ! »).
Bref, une initiation contemporaine au genre de la fable.
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10 novembre 2011
Le conte des étoiles filantes
Le conte des étoiles filantes
Nicolas Marie, Jeanne Gomez
Le buveur d’encre, 2010
L’heure du conte
par Christine Moulin

Voilà un bon conte des origines, comme on n’en fait plus. Pas d’ironie, pas de modernisation, pas de second degré, pas d’intertextualité aguicheuse (ou du moins, s’il y avait quelque allusion, je ne l’ai pas vue !). Un conte qui commence par « Il était une fois » et qui se termine par « Depuis ce jour ». Avec un roi, une reine qui ne peut pas avoir d’enfants, de la magie, une forêt et tout et tout. Et même, en prime, des imparfaits du subjonctif ! Si !
Bref de la belle ouvrage. Un tantinet surannée, ce que confirment les illustrations délicatement aquarellées.
Un regret : pourquoi révéler par le titre que c’est l’origine des étoiles filantes qui va être expliquée ? Je crois que j’aurais préféré avoir la surprise. Question de goût.
18:42 Publié dans conte, LJ : albums, LJ: première oeuvre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas marie, jane gomez, le buveur d'encre, conte, étoiles filantes, conte des origines, conte étiologique, christine moulin
07 novembre 2011
Les carottes sont cuites pour le Grand Méchant Loup
Les carottes sont cuites pour le Grand Méchant Loup
Suzanne Bogeat, Xavière Devos
L’élan vert, 2010
Un enième loup végétarien
par Christine Moulin
On n’en sort plus : constater que le stéréotype du loup méchant s’est mué en stéréotype du loup gentil est devenu un poncif. Tant il est vrai que la veine est inlassablement sollicitée, avec son cortège d’allusions intertextuelles attendues : la Chèvre de Monsieur Seguin, les Trois Petits Cochons, le Petit Chaperon Rouge. Voici donc encore un loup condamné aux légumes, cette fois-ci à cause de son grand âge. Il va voir un médecin mais n’est pas Gotlib qui veut. Il reçoit l’aide de ses anciens adversaires et bien sûr, tout est bien qui finit bien.
Seule originalité : les illustrations nous montrent Violette, la fille du Petit Chaperon Rouge. Elle est bien mignonne, va…
21:31 Publié dans conte, LJ : albums, LJ: première oeuvre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : suzanne bogeat, xavière devos, l'élan vert, loup, conte, petit chaperon rouge, trois petits cochons, intertextualité, stéréotype, christine moulin
03 novembre 2011
Dans la petite maison verte
Dans la petite maison verte
Marie-France Painset, Marie Mahler
Didier Jeunesse, 2010
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour toi
par Christine Moulin
Les auteurs nous offrent une très jolie variation sur les albums et poèmes répétitifs fondés sur l’enchâssement, à l’image du célèbre poème d’Eluard, « Dans Paris ». La couverture, découpée, ouvre une fenêtre en forme de cœur sur l’image d’une maison, fil directeur de cette comptine. Comptine ? Non, pas vraiment, et on se prend à le regretter car le nombre des habitants aurait pu augmenter ou diminuer au fil de l’album. Mais peut-être cela aurait-il été trop évident, trop « instructif ». Seuls les couleurs sont au rendez-vous et les animaux et peuvent donc, avec les tout-petits, faire l’objet de découvertes. Et ce qui est vraiment très amusant, c’est de repérer les différents procédés utilisés dans l’illustration pour insérer les maisons les unes dans les autres. La chute de cette « nursery rhyme », reste dans la tradition mais la réinterprète subtilement, en usant de la magie des répétitions. Cet ouvrage est la preuve que le petit bruit discret d’un cœur qui bat peut grandement réjouir les lecteurs.
09:42 Publié dans LJ : albums, LJ : tout petits, LJ: première oeuvre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marie-france painset, marie malher, didier jeunesse, album répétitif, enchâssement, comptine, nursery rhyme, maison, couleurs, animaux, christine moulin
02 novembre 2011
Six jours pour (sur)vivre
Six jours pour (sur)vivre
Philip Webb
La Martinière, 2011
6 = « 24 heures chrono »
par Christine Moulin
La première moitié du livre est très bonne, le premier quart excellent. L’action se situe dans un Londres du futur dévasté par la guerre et par les recherches que les Vlads (avatars des Soviétiques ?) imposent à la population : il s’agit, ni plus ni moins, de démolir la ville, pierre par pierre, pour retrouver un mystérieux artefact, censé détenir des pouvoirs immenses et bénéfiques. A la manœuvre, les « excaves », dont font partie les héros : Cass, nouvelle Gavroche, et son frère Wilbur qui, à huit ans, fait preuve d’une intelligence hors norme. Il est persuadé qu’il peut deviner où est l’artefact et se fonde, pour le chercher, sur des indices qu’il puise dans d’anciennes bandes dessinées enfouies dans les ruines des maisons qu’il aide à abattre. C’est ainsi qu’un jour, il se retrouve suspendu à une des aiguilles de Big Ben : sa sœur le sauvera avec l’aide d’un être mystérieux qu’elle surnomme d’abord Pyjama Boy, à cause de sa tenue, et qui s’avérera être Peyto, venu d’une autre planète. Bien sûr, Peyto a un lien étroit avec l’artefact.
Jusque là, ça va. Mais après, les choses se compliquent : la quête perd de sa lisibilité au fur et à mesure du roman. Les péripéties se multiplient, ce qui, en soi, n’est pas un mal, les personnages aussi mais surtout, les explications, dont on a parfois l’impression qu’elles sont données au fur et à mesure, pour prévenir les objections des lecteurs vigilants. A la fin, tout est confus et cela finit un peu en queue de farfaleur (« private joke » pour ceux qui liront le livre).
Il manque aussi un arrière-fond : où va cette histoire ? Elle nous redit encore une fois que l’amour, c’est mieux que la guerre. Les méchants ressemblent aux méchants des magazines que dévore Wilbur : moitié nazis, moitié soviétiques. Quand ils ne sont pas tout à fait méchants, l’auteur insiste : « Clouée sur place, je m’aperçois que toute ma haine pour Serov [la méchante n°1] n’est plus aussi simple ».
Et pourtant, on ne lâche pas le bouquin ! Parce qu’il y a des mystères qui demandent à être éclaircis, des périls qui menacent les héros à chaque page, les ingrédients obligatoires d’un tel récit (la fin du monde qui n’est qu’une question d’heures – six ‑, le traitre, les robots improbables, le vaisseau spatial qui se rebelle, à la manière de Hal dans 2001, odyssée de l’espace…). Et surtout, il y a le personnage de Cass, au verbe savoureux (à la fin, malheureusement, l’auteur s’essouffle : les dialogues sont moins drôles), au courage gouailleur, à la tendresse bourrue.
En fait, on a l’impression d’être devant la mise en mots de « comics » (on a même le droit à une excursion dans la Préhistoire, avec belle dame pulpeuse vêtue de peau de bête !). Dans cette mesure, on peut dire que ce roman est une réussite.
On peut voir une vidéo sur le site de l'auteur (dont c'est le premier roman).
09:28 Publié dans LJ : Roman de SF, fantasy, fantastique, LJ: première oeuvre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philip webb, la martinière, apocalypse, science fiction, adolescence, christine moulin
01 novembre 2011
Un escargot à la porte
Un Escargot à la porte
Lo Gruhier
Ecole des Loisirs, 2011
"J'm'ennuie, j'sais pas quoi faire !"
par Sophie Genin
Le héros anthropomorphe de Lo Gruhier, nouvelle plume et illustratrice prometteuse, devrait rapidement rejoindre ses condisciples de L'Ecole des Loisirs. En effet, tous les éléments constitutifs de ce petit album, qui ne paie pas de mine, le prouvent : le petit cochon au mauvais caractère qui ronchonne rappelle nombre de jeunes enfants qui se reconnaîtront et fera sourire beaucoup de parents ! De plus, l'éloge de l'ennui et de la lenteur comme moteur créatif fonctionne à merveille lorsque Ptit Cochon découvre un escargot devant chez lui. L'investigation concernant sa provenance, en suivant la trace de bave de son chemin, va emmener le jeune héros très loin.
Le dessin épuré, sans décor ou presque, laisse la part belle à l'imagination du jeune lecteur. Nous aurons droit à toutes les hypothèses, branchés en direct sur les pensées, nombreuses et désorganisées, du petit enquêteur. Il finira par découvrir autre chose que le but de sa quête : l'objet qui lui manquait tant au début de l'histoire pour pouvoir s'amuser tout seul ! Et la boucle de cette fable intimiste et universelle est bouclée, même si la chute laisse deviner que Ptit Cochon n'est pas au bout de ses aventures solitaires au fond du jardin !
09:26 Publié dans LJ : albums, LJ: première oeuvre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ennui, escargot, enfance, lo gruhier, sophie genin, école des loisirs
31 octobre 2011
Mets pas ton nez dans ta bouche
Lulu mets pas ton nez dans ta bouche
Cécile Van Hille, Amélie Girard
L’Atelier du Poisson Soluble, 2010
C’est pas de la purée de raviolis bouillis !
par Christine Moulin
La chauve-souris sur la couverture a l’air très mignonne et gentille. Et elle l’est, vous verrez pourquoi. Mais passée la page de garde (où l’on trouvera la dédicace qui a donné son titre à cette chronique), le cauchemar commence. Les illustrations se répandent, fascinantes et obsédantes et le texte distille son fiel.
Donc, c’est l’histoire d’un petit garçon qui a une apparence tellement repoussante que tout le monde le repousse, y compris ses parents, qui le cantonnent au grenier. Jusqu’au jour où le père s’attaque à Scope, le poste de télévision…
Quand on referme l’album, on croit à peine avoir lu ce qu’on a lu : on retrouve le coup à l’estomac du mythique Le géranium sur la fenêtre vient de mourir mais toi maitresse tu ne t'en es pas aperçue (Albert Cullum ; trad. de l'américain Marie-Ange Guillaume, adaptation de François Ruy-Vidal, Quis/Ruy Vidal) dans la version de 1972, et non dans celle de 1978, scandaleusement édulcorée. La famille, la société, les bons sentiments, la vision « bisounours » de l’enfance, les valeurs « universellement » reconnues comme la nécessité du pardon, tout cela vole en éclats. Même si, à y bien réfléchir, on comprend que le besoin d'amour peut prendre des voies bien détournées, comme le laisse à penser la dernière image. Mais, bref, on en reste tout pantois, et content de l’être.
Une adresse où l’on peut se faire une idée des illustrations, un peu dans le style des années 70
09:24 Publié dans LJ : albums, LJ: première oeuvre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cécile van hille, amélie girard, atelier du poisson soluble, maltraitance, vengeance, tabou, christine moulin


