25 décembre 2011

Le livre des + et des -

Le livre des + et des -
Christine Beigel, Alain Korkos
, Elodie Durand
La Martinière, 2011

Tout en un

par Christine Moulin

christine beigel,alain korkos,elodie durand,la martinière,mathématiques,christine moulinAutour du thème très lâche et très vaste de "plus" et "moins", voilà un livre hétéroclite, dont les illustrations "fouillis" indiquent bien la nature.

Cela ressemble à ces calendriers où  l'on apprend un fait surprenant par jour. Cela tient du cabinet de curiosités: aucun fil directeur, juste le plaisir d'accumuler de petits savoirs anecdotiques, de double page en double page. Première question: "Y a-t-il plus d'insectes, plus de poissons ou plus de mammifères?" *. Dernière question: "Pourquoi y a-t-il de plus en plus de méduses dans la mer?". Tous les domaines sont abordés et réunis dans un index: art, ciel et espace, le corps, sciences et techniques, histoire, autres questions insolites (pourquoi "autres"?), vie en société, questions du monde entier, vie au quotidien, santé et diététique et surtout nature. Cette dernière rubrique est la plus fournie, ce qui prouve que les auteurs connaissent bien les goûts des enfants.

Dans le champ de la llittérature, on reste un peu sur sa faim: "D'où viennent les poèmes les plus courts?", "Est-ce qu'on lit moins ou plus qu'avant?" (l'affirmation finale, que je vous laisse découvrir, est sans doute discutable: Hugo pouvait y croire, mais nous?), "Comment apprendre une poésie plus facilement?".

Mais heureusement, certaines questions fondamentales sont abordées: "Spider-man a-t-il plus de pouvoirs que Superman?".

Sinon, sans doute faut-il signaler que quelqu'un d'un peu sensible à la question du genre pourrait tiquer à la lecture de la page "Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes?", non pas tant à cause du fond que de la forme, un tantinet condescendante: "Mesdemoiselles, veillez à vos petits nerfs si vous voulez vivre plus longtemps"... Il est vrai que la question "Pourquoi les filles aiment-elles plus le rose que les garçons?" rétablit l'équilibre!

Disons que voilà un livre sympathique, brouillon mais divertissant, qui peut soulager les parents assaillis par leurs bambins  de "pourquoi" incessants, mais qui ne donnera sans doute pas une idée exacte de ce que peut être la vraie connaissance. En fait, le plus gênant est que soient mêlées sans qu'on puisse bien les distinguer les unes des autres des réponses qui relèvent de faits ("Le soleil est-il la plus grosse étoile de l'univers?") et d'autres d'opinions ("Est-ce que vouloir toujours plus est une bonne chose?").

* réponse: plus d'insectes...

 

24 décembre 2011

Les Aventures du livre de géographie... le théâtre des livres

Les Aventures du livre de géographie qui voulait voyager avant de s'endormir
Cathy Ytak

Syros (mini Syros-théâtre à jouer), 2011

Une nuit à la bibliothèque : théâtre

Par Anne-Marie Mercier

livre,cathy ytak,syros (mini syros-théâtre à jouer),migrant,bibliothèque,anne-marie mercierOn songe à la pièce de Jean-Christophe Bailly, Une Nuit à la bibliothèque, dans laquelle comme dans ce petit texte, les livres, la nuit, sortent de leurs rayons et se racontent des histoires. Ici l'intrigue est simple, et le titre dit tout : le livre de géographie veut voyager. Il rencontre d'autres ouvrages plus ou moins favorables à son projet : encyclopédie et dictionnaire, livre d'histoire, livre de la police de l'air et des frontières, livre de souvenirs, livre de la petite musique de nuit, manuscrit…

Les dialogues sont simples et vifs, souvent drôles (le « livre des insultes et des gros mots » plaira beaucoup aux enfants), parfois profonds. Ils sont aussi orientés politiquement (le livre de la police de l'air et des frontières arrache des pages à un album, on vous laisse découvrir pourquoi). En somme c'est un très joli moment de théâtre imaginaire a proposer à de jeunes acteurs et de jeunes ou moins jeunes spectateurs (prévu pour une dizaine d'acteurs et plus).

23 décembre 2011

Le grand cheval bleu

Le grand cheval bleu
Irène Cohen-Janca
Maurizio A.C. Quarello

Rouergue, 2011

"Bleu comme le ciel de Trieste"

Par Dominique Perrin

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« Un jour de 1974, un immense cheval bleu, accompagné d’un cortège de malades et d’artistes, a vraiment parcouru les rues de Trieste. Il était le symbole de ce mur entre la ville et l’hôpital que le docteur psychiatre, Franco Basaglia, voulait abolir. Il m’a inspiré cette histoire… »


Un voyage vers l’Est et vers le Sud  – l'Italie vue depuis Trieste –,
un voyage dans le passé – les années 70 et le mouvement de contestation de la crimininalisation et de la relégation des malades mentaux –,
un voyage dans la société – la mère du narrateur est lingère au grand hôpital psychiatrique de San Giovanni –,
un voyage dans le vivant – le personnage central est un cheval de charge –,
un voyage dans les âges de la vie – le narrateur passe de l’enfance à l’adolescence, le cheval auquel il consacre son témoignage approche de la fin de sa vie –
un voyage dans les possibles politiques – des débats naissent, des mondes étrangers se rencontrent, des paupières battent –
un récit très ample et très bref, ouvert sur des pages vierges et des illustrations en noir, blanc et bleu comme un rivage sur l’élément liquide.

 

22 décembre 2011

Les Poings sur les îles:Un grand-père venu d'Espagne

Les Poings sur les îles
Élise Fontenaille, Violeta Lopiz

Rouergue, 2011

Un grand-père venu d'Espagne

par Anne-Marie Mercier

Les Poings sur les îles.jpgÉlise Fontenaille, qui a publié de nombreux romans, s'essaye ici à l'album avec un hommage à un homme simple, à l'aise avec les plantes, les animaux et les enfants, moins à l'aise avec l'écrit et avec la langue française : comme le titre l'indique, il la transforme joliment. On découvre peu à peu son histoire d'enfant pauvre et de réfugié, on entend ses mots adressés à l'enfant à qui il transmet  ses connaissances et sa sagesse.
Ce portrait attendri est illustré de décors naturels aux couleurs vives dans lesquelles se cachent le visage et le corps du grand-père. Il est ainsi fondu avec les choses qu'il aimait, dans les souvenirs de l'enfant. C'est un joli portrait, intéressant surtout par le rapport à la langue, qui fait de l'erreur une source de poésie.

21 décembre 2011

Le chat d'Elsa

Le chat d’Elsa
Alice Brière-Haquet, Magali Le Huche

Père Castor, 2011

  Le chat invisible

 par Christine Moulin

 
alice brière-haquet,magali le huche,père castor flammarion,solitude,ami imaginaire,chat,christine moulinLes enfants, on le sait, se créent souvent des amis imaginaires et la littérature aime à traiter ce thème spéculaire comme dans Le chien invisible (Claude Ponti), Léon et Bob (James Simon), Moi et rien (Kitty Crowther), Petits sauvages (David Almond), Je voulais te dire (Jennifer Dalrymple), Bernard et le monstre (David Mc Kee), etc. Le chat d’Elsa fait partie du lot et, comme souvent, c’est la solitude qui explique la genèse du chat (vert, comme il se doit) : « Elsa est une toute petite fille, seule dans une grande maison vide ».

Mais ce qui est amusant, c’est qu’ensuite, tout est raconté du point de vue de l’héroïne. Les parents ont très bien admis que leur fille se soit inventé un compagnon, même s’ils rouspètent quand il devient l’alibi rêvé pour toutes ses bêtises et même si leur exaspération les amène parfois à rompre le pacte qui entérine l’existence d’Armand ‑ puisque tel est le nom du félin.

Mais nous, lecteurs, nous voyons la vie des deux amis et elle est attestée par les illustrations dont la force, en l’occurrence, est de ne pas savoir mentir. L’album s’ouvre alors sur un retournement poétique, qui n’est pas sans rappeler deux autres albums jouant habilement sur le point de vue, Bébé monstre (Jeanne Willis et Susan Varley) et Papa de Corentin. Le chat d’Elsa pose finalement la question de la fiabilité du narrateur et s’adresse à ceux qui ne sont pas (trop) devenus « des grandes personnes ». Les illustrations sont à l’unisson de cet univers délicat : elles évoqueraient presque (excusez du peu…) la finesse de Sempé et savent provoquer l’émotion (le chat contrit est tellement attendrissant…)

 

20 décembre 2011

Je ne suis pas Eugénie Grandet: l'art, la vie

Je ne suis pas Eugénie Grandet
Shaïne Cassim

L'école des loisirs (médium), 2011

Les livres et l'art comme leçons de vie

Par Anne-Marie Mercier

Je ne suis pas Eugénie Grandet .gifDans ce beau roman, une jeune fille découvre son propre trouble en visitant une exposition ("Eugénie Grandet" vue par Louise Bourgeois) et en parcourant le roman de Balzac. Dans une deuxième partie, c'est La Cerisaie de Tchekhov qui est au centre de l'intrigue et des préoccupations… Autant dire que ce roman ravira les « médiateurs culturels » et les amoureux de la culture et qu’il ne fait pas rimer réalisme avec misérabilisme. Certains pourraient lui reprocher d'être un peu « élitiste-parisien », de montrer des vies et un cadre peu communs pour l'ensemble de la population. Oui, et alors? ça change au moins du monde des vedettes,champions, malfrats et stars qu'on propose sans état d'âme.

La situation, les personnages, sont ce qu'ils sont, ce sont des vies comme il y en a d'autres, affrontées à des difficultés et qui se nourrissent de rencontres. Il n'y a rien de cuistre ni de trop didactique. C'est un roman, avec des personnages attachants, tous un peu bizarres, ce qui leur donne un ton de vérité : un metteur en scène, une costumière, un fleuriste, une grand-mère médecin de campagne à la retraite…, tous ces personnages se croisent sous le regard un peu perdu de l'héroïne.

À travers le personnage d’Eugénie Grandet, elle découvre sa grand-mère et comprend le mystère de sa vie, le pourquoi de sa dureté et de son apparente insensibilité et un peu de l’histoire de sa propre mère qui l’a abandonnée ; mais surtout elle comprend à travers l'angoisse qui la prend lors de la visite de l'exposition sa propre angoisse face à son passé comme face à son futur : comment ne pas rater sa vie ? comment naît un amour ?

L’ensemble fait une belle lecture des livres, des arts et des émotions et, ce qui n'est pas négligeable, donne envie de relire ou lire Eugénie Grandet et La Cerisaie

18 décembre 2011

Difficile d'avouer qu'on aime!

Comment (bien)  gérer sa love story
Anne Percin

Rouergue (doAdo ), 2011

 Difficile d’avouer qu’on aime !

par Maryse Vuillermet

 

 comment bien gérée sa love story.jpgEncore une fois, exactement comme pour Comment bien rater ses vacances, du même auteur en 2010,  au début de ma lecture, j’ai été un peu agacée par un langage « djeun » un peu lassant et qui m’a semblé outré, mais, très vite, j’ai oublié mon agacement pour me laisser entraîner dans les péripéties de ses amitiés avec Kevin, très lourd mais d’un bon sens et d’une loyauté à toute épreuve, de sa rencontre sur Spacebook avec Natacha, des cours particuliers donnés à un aspi (comprendre un enfant souffrant du syndrôme d’Asperger, qui ne supporte aucun contact humain), de ses gouters-crêpes chez la grand-mère, de ses répétitions dans sa cave…

Maxime est encore enfantin, mais  fait l’amour avec Natacha, une étudiante en psychologie plus âgée, c’est un intellectuel, un artiste, il improvise à la guitare et a une immense culture en rock-jazz post-punk, mais il n’est pas sûr de lui, bref un adolescent totalement de son époque,  plein de doutes et de certitudes. Il n’est plus le jeune autiste du précédent roman, mais  pour devenir adulte, il a encore pas mal d’épreuves à traverser, comme la disparition soudaine de Natacha à sa soirée d’anniversaire, son arrestation pour détention de téléphone portable de contrebande…

Le ton est cependant plein d’humour, le franglais, le jargon jeune omniprésents; chaque fois qu’il lui arrive un malheur, son énergie et son humour  le font rebondir: on passe un bon moment de lecture en sa compagnie.

 

17 décembre 2011

Dictionnaire du Père Noël

Dictionnaire du Père Noël
Solotareff

Gallimard jeunesse, 2011

Dico loufoque

Par Anne-Marie Mercier

Dictionnaire du Père Noël .gifIndémodable père Noêl! Voici une réédition d'un titre publié en 1991, toujours actuel, si l'on veut. Carré et épais comme un demi-pavé, comme tout dictionnaire, proche aussi d'un abécédaire, il suit sagement l'ordre alphabétique . De A comme abeille, acrobate, aimer, à Z comme zèbre en passant par I comme impatience, impossible, incognito… on explore aussi bien l'univers de Noël, le traîneau, les cadeaux, les lettres, que tout autre chose. Dans ces cas-là, la fantaisie de Solotareff s'en donne à cœur-joie et mélange le n'importe quoi au n'importe où en explosion de couleurs superbes.

Quelques exemples :

D comme dodo : « il ne faut pas grand-chose à un lutin pour faire dodo. Un petit coussin rouge qu'on a oublié par terre lui suffit ».

G comme gai : « ce serait beaucoup plus gai si on peignait en rouge les ambulances le soir de Noël ».

R comme radis : « le radis est le légume préféré du Père Noël parce qu'il lui ressemble ».

… ou comme ridicule : « un petit Père Noël sur un gros chien, c'est ridicule ».

X comme xylophone : « pour appeler à table ses lutins, le Père Noël tape uniquement sur les touches rouges de son xylophone. Quand il se trompe, les lutins ne viennent pas manger ».

En résumé: c'est parfait pour les amateurs de Solotareff. Pour les amateurs de père Noël, allez voir plutôt chez Fabrice Vigne: La Mêche (chroniqué plus bas, le 7 décembre dernier, reparu au fond du tiroir).

16 décembre 2011

La boîte des papas 4

Alain Le Saux
La boîte des papas 4

Loulou et cie, 2011

Trop de coffrets « papa » tue l’inspiration

Par Dominique Perrin

papa207744.jpgOn retrouve avec plaisir le trait d’Alain Le Saux, dont la bonhomie apparente semble porter en elle tout un rapport au monde, fait de tendresse incisive et d’acuité rieuse. Le récent quatrième coffret consacré aux « papas » atteste pourtant que la magie du style ne peut enchanter tous les projets. Il s’agit là de quatre petits livres subordonnés à une double fin relevant clairement de la rationalité instrumentale chère à l’Occident : représenter les rapports père-fils (il semble difficile d’y voir plus génériquement des rapports père-enfant) et faire parler sur eux ; susciter l’apprentissage précoce de quelques fondamentaux scolaires (pouvoir mobiliser quelques verbes à l’infinitif, associer un sujet constant à différents verbes, un verbe constant à différents objets, transformer des verbes en substantifs, avec quelques fausses pistes).
Cette ode aux relations père-fils est efficace au regard de ses finalités, ce qui n’est pas peu ; mais elle est étrangement, puissamment dénuée de poésie, de fantaisie vraie, de confiance accordée aux lecteurs adultes et naissants – dont la moitié se trouve exclue sans cérémonies.

15 décembre 2011

Des Pensées sans compter: philosophie en papillottes

Des Pensées sans compter
Frank Prévot, illustrations de Martin Jarrie

Editions l'édune (papillottes), 2011

éclats de philosophie

par Anne-Marie Mercier

Des pensées sans compter.jpgLes « pensées » de Franck Prévot ont ceci de commun avec celles de Pascal qu'elles sont fragmentaires, apparemment décousues, pleines de sagesse. Mais elles sont radicalement différentes dans la mesure où le jeu sur le langage prime. Jeux poétiques, calembours, mots d'enfant, rêveries sur les saisons, les humeurs, les émois :

- On sait que la chaleur vient du soleil. Mais le froid ? D'où vient-il, le froid d'hiver ?

- Plus tard, les minuscules deviennent-elles des majuscules?

- Prendre du recul m'aide à avancer.

- Etre et voir l'été.

- Ceux qui jonglent avec les idées devraient se souvenir que le jongleur se saisit de tout mais ne retient jamais rien.

Humour de papillotes? c'est de saison ! Mais dans son plus bel air, celui qui fait philosopher légèrement malgré l'engourdissement. Chaque phrase est un voyage. C'est un merveilleux petit livre pour ceux qui aiment lever le nez à chaque page pour sourire, penser et rêver. Les illustrations de Martin Jarrie sont parfaitement adaptées au projet du livre jouant avec une géométrie folle et mélangeant les formes.