09 mars 2012
Igor et Olafe : Chasse, pêche et surgelé, Le Jour de la Saint Boudin
Igor et Olafe : Chasse, pêche et surgelé, Le Jour de la Saint Boudin
Pierrick Bisinski, avec la collaboration d'Edouard Manceau
Gallimard jeunesse (giboulées), 2011
Aux petits bonheurs des ogres
par Anne-Marie Mercier
Dans le domaine des séries pour la jeunesse présentant les aventures de deux enfants, frère et soeur, on avait plutôt l'habitude de trouver des récits très conventionnels. Ici, le ton est décalé et les situations cocasses. Il faut dire que les héros sont de petits ogres et qu'il est toujours question de manger. Que l'on cherche des pommes – les deux enfants vont les chercher chez leur grand-mère qui vit dans la forêt–, ou du poisson – Igor va à la pêche avec son père –, l'aventure se termine régulièrement en petite catastrophe comique.
Les références aux contes ou à des classiques de littérature de jeunesse sont détournées dans le même esprit (on sème sur le chemin des patates au lieu de miettes de pain). Les papiers découpés construisent un univers simple sur lequel les petits personnages gesticulent de façon expressive.
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23 février 2012
Le Rebelles de St Daniel, t. 1 : Appelez-moi Ismaël
Les Rebelles de St Daniel, t. 1 : Appelez-moi Ismaël
Michael Gerard Bauer
Traduit (anglais, Australie) par A. Pinchot
Casterman, 2011
L’éloquence contre la violence
par Anne-Marie Mercier
L’arrivée d’un « nouveau » dans une classe est un thème littéraire fécond. Ici, il s’agit d’un garçon frêle, agité de tics et savant nommé Scobie, victime désignée pour le tyran du collège St Daniel. Scobie se lie en plus avec celui qui était jusque là le souffre-douleur en titre, Ismaël, narrateur de cette histoire. Celui-ci est dans un premier temps assez content de se trouver un « remplaçant ». Mais rien ne se passera comme prévu. Le fait qu’Ismaël restera jusqu’au bout un garçon complexé et persuadé qu’il attire le malheur est également inattendu, tant la littérature de jeunesse tente ordinairement de faire croise aux miracles. Il n’y aura pas de renversement des rôles, mais Ismaël se découvrira un peu de courage (très peu) et beaucoup de philosophie. Il découvrira aussi dans sa nuit quelques étincelles d’amitié et d’amour.
Entretemps, Scobie se sera imposé grâce à deux armes imparables : il ignore toute peur depuis qu’il a été opéré dune tumeur au cerveau et a le sens de la répartie. Il aura monté une équipe pour une compétition d’… éloquence inter-établissements avec des compétiteurs tous plus improbables les uns que les autres (dont Ismaël, incapable de parler en public). Ismaël aura parlé à une fille, accumulé les maladresses et découvert le roman de Melville, Moby Dick, dont la première phrase lui a donné son nom, provoquant tous ses malheurs.
La violence scolaire n’est pas édulcorée, mais l’humour la rend regardable et permet une réflexion sur les moyens de s’en extraire par la parole et l’esprit. On rit beaucoup en lisant ce roman catastrophe, tant le ton du narrateur est proche des ses états d’âme. L’une des phases de Melville placées en exergue aux chapitres du livre qualifie d’ailleurs la vie de « vaste farce » : « et nous sommes nombreux à penser que cette farce se joue à nos dépens et à eux seuls ». Ainsi, il n’y a pas qu’Ismaël qui aura pris des leçons de philosophie… et l’envie de lire Moby Dick.
19:39 Publié dans humour, LJ : roman réaliste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michael gerard bauer, casterman, cancer, concours, ados, éloquence, violence scolaire, anne-marie mercier
08 février 2012
Pandemonium cité
Pandemonium cité
David Bergeron
Coups de tête, 2011
Mouais...
par Christine Moulin
Avertissons le lecteur : ce livre n'est pas pour l
es enfants. Il a été publié par le même éditeur que Contre Dieu, dans la collection "Fantastique noir", au lieu de "Suspense".
Cela démarre plutôt bien : le héros, Philippe Moreau, brisé par une rupture amoureuse, est parti en Europe cuver son chagrin (quoique, à la différence de son ami, Vlad, il "carbure" plutôt au shit qu'à l'alcool). Le roman commence le jour de son retour. Déphasé, notre héros contemple la nuit de sa fenêtre: l'orage gronde. Il aperçoit alors des silhouettes inquiétantes, celles, nous l'apprenons quelques pages plus loin, des membres d'une secte satanique.
Avec Vlad, il va se mettre en tête de défendre sa cité contre ces suppôts de Satan. Le roman bascule alors dans la description, souvent sanguinolente, de cette lutte, qui, entrecoupée de visions provoquées par la drogue, culmine avec une messe noire du plus bel effet. Il faut vraiment être amateur du genre, je crois. Visiblement, en ce qui me concerne, c'était une erreur d'aiguillage...
19:48 Publié dans humour, Littérature générale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : david bergeron, coups de tête, satan, messe noire, secte, fantastique, christine moulin
13 janvier 2012
Le Journal d'Aurore
Le Journal d'Aurore
Marie Desplechin
école des loisirs (médium), 2011
« jamais contente », « toujours fâchée », etc.
par Anne-Marie Mercier
Voici réunis en un volume les trois volets du journal d’Aurore, intitulés « jamais contente », « toujours fâchée » et « rien ne va plus », parus entre 2006 et 2009. Aurore est le prototype de l'ado insupportable, version « fille », bien sûr.
Mécontente de tout, et surtout de sa famille (parents qui ne comprennent rien, petite soeur bonne en classe, grande soeur rebelle mais sans ambition…), elle passe une partie de l'année chez ses grands-parents qui tentent de l'aider.
Amitiés décevantes et pourtant indispensables, amours ridicules et pourtant vitales, fugue virtuelle, catastrophes scolaires... la vie d'Aurore est bien sombre. Mais elle est éclairée par l'humour de la narratrice qui met dans ce journal la quintessence de la négativité adolescente au point qu'elle en devient comique et que tout ado pourra s'y reconnaître. On y trouve aussi quelques éclaircies: un miracle ( un professeur de mathématiques qui a deviné sous le cancre hostile le talent caché), la découverte de la musique et du travail dans un groupe, une complicité enfin.
14:57 Publié dans humour, LJ : roman réaliste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal, marie desplechin, ado, musique' école des loisirs (médium), anne-marie mercier
28 décembre 2011
Plouf! un abécédaire aquatique
Plouf ! un abécédaire aquatique
Thomas Baas
Seuil Jeunesse, 2011
Des épinards à la querelle, en passant par la noix
par Christine Moulin
La collection Clac Book est vraiment surprenante. Les genres sont variés et les surprises bonnes ou moins bonnes... Le cru est à recommander, cette fois. Les illustrations de cet abécédaire, toutes rondes, fondées sur quelques couleurs récurrentes, forment un paysage attractif et joyeux. Mais ce qui est très amusant, ce sont les mots choisis qui sont loin de tous appartenir au champ lexical de la mer. Seule l'image peut alors expliquer la présence de tel ou tel vocable : rien de pesamment didactique, donc. Le jeu avec le genre est agréable, sans pour autant gâcher le plaisir prévisible des tout-petits.
18:42 Publié dans abécédaire/dictionnaire, humour, LJ : documentaires, LJ : tout petits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thomas baas, seuil jeunesse, mer, abécédaire, clac book, christine moulin
27 décembre 2011
Rollinettes
Rollinettes
François Rollin, ill. Benjamin Chaud
L’Edune, 2011
Humour sans cosmétique
Par Dominique Perrin
« Jusqu’à l’âge de huit ans,
j’ai eu peur des loups.
De neuf à quinze, c’étaient les guêpes.
Depuis mes seize ans,
J’ai peur de la mort.
Sincèrement, j’aimais mieux le début. »
Difficile, singulièrement difficile de présenter ces « rollinettes », aussi efficacement que l’éditeur en quatrième de couverture (« Voici livrée à votre sensibilité une véritable somme de pensées profondes ») ou que Nicolas Bedos dans sa « préface délicieusement inefficace » (« Rollin ne s’achète pas, c’est lui qui nous loue »). Le recueil est, de fait, spirituel : avec légèreté, avec gravité, avec une exquise apparente candeur surtout – et aussi, importe-t-il peut-être de rajouter, avec beaucoup d’incorrection et de pudeur. Après cette lecture, toute la production des éditions L’Edune s’offre à la découverte du lecteur étonné et un peu rajeuni : pour l’esprit, beaucoup plus et beaucoup mieux que du champagne.
18:39 Publié dans humour, LJ : poésie, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : perrin, rollinettes, françois rollin, benjamin chaud, l’edune, 2011
12 décembre 2011
Le Yark
Le Yark
Bertrand Santini
illustrations de Laurent Gapaillard
Grasset jeunesse (lecteurs en herbe), 2011
Le monstre de Madeleine
Par Anne-Marie Mercier
Le Yark est le monstre à l’état pur : il est plein de poils, il a des ailes de chauve-souris, des mains de sorcière et de grandes dents. Il mange les petits enfants...
– Rien de neuf, direz vous ?
– Mais si !
D’abord, contrairement au croquemitaine classique, ce ne sont pas les petits diables qui font sa nourriture, ceux qui ne finissent pas leur soupe, non. Il ne peut digérer que les enfants sages. Ce goût et la dévoration en elle-même sont évoqués avec un délice de détails qui fait penser à la Modeste proposition de Swift : on en croquerait ! D’ailleurs, la phrase de John Locke placée en exergue au livre ajoute à ce ton d’irrévérence face à sa majesté l’enfant.
Le problème du Yark, c’est que les enfants sages ne courent plus les rues, avec cette éducation permissive : « Les cours d’école grouillent d’un peuple bête et méchant, portrait craché de leurs parents » ; « réfractaire aux pensées profondes et à la poésie, le gamin d’aujourd’hui ne rigole plus qu’aux histoires de caca et de zizi ».
Le Yark cherche donc toutes sortes de solutions pour trouver un enfant sage (notamment à travers les listes des lettres au Père Noël, belle idée !), chaque tentative se solde par une erreur et une diarrhée gigantesque et rabelaisienne (l’auteur tient compte des goûts des enfants !). Le Yark fait des rencontres surprenantes et drôles – à condition d’aimer l’humour noir. Par exemple, celle de la troupe d’enfants abandonnés par des parents avisés : les voyant évoluer vers l’adolescent boutonneux, ils s’en sont débarrassés - «l’abandon s’impose alors pour rester sur un bon souvenir ».
La rencontre d’une délicieuse Madeleine, qui sera un peu la Zéralda du Yark, change tout et la morale est enfin sauve, in extremis. Les dessins sont hirsutes, merveilleux de drôlerie. A proposer aux lecteurs capables d’ironie, où (et ?) à ceux qui aiment se faire peur.
15:35 Publié dans conte, humour, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bertrand santini, laurent gapaillard, grasset jeunesse (lecteurs en herbe), monstre, humour, anne-marie mercier
10 décembre 2011
Mille Petits Poucets
Mille Petits Poucets
Yann Autret et Sylvie Serprix
Grasset jeunesse, 2011
l'infini du conte
par Anne-Marie Mercier
Yann Autret a choisi de broder sur le conte de Perrault en le prenant comme point de départ : un couple pauvre a trop d'enfants ; la femme, méchante, exige que son mari les en débarrasse. Seulement voilà, les enfants connaissent l'histoire du Petit Poucet et tout se passe à l'envers du résultat escompté. Cette version fantaisiste est un peu légère mais elle est assez joliment illustrée par des pastels gras très colorés et expressifs et une typographie qui imite celle des livres anciens.
11:50 Publié dans conte, humour, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07 décembre 2011
La Mèche : Petite métaphysique de Noël
La Mèche
Fabrice Vigne
illustrations de Philippe Coudray
Le fond du tiroir, 2010
Petite métaphysique de Noël
Par Anne-Marie Mercier
À travers un court récit à la première personne, raconté par une enfant devenue grande, Fabrice Vigne aborde une question aussi essentielle que difficile : « le Père Noël existe-t-il ? »
Toute la difficulté est d'évoquer ce secret sans «vendre la mèche» à un jeune lecteur qui croirait encore à l'existence du bonhomme en rouge. Fabrice vigne réussit ce tour de force en insérant dans le récit, de manière cachée, le texte : « le Père Noël n'existe pas. Le Père Noël c'est chacun de nous ». D'autres contraintes que l'on peut chercher à deviner sont inscrites dans le texte : n'oublions pas que Fabrice Vigne se réclame de l'Oulipo. La solution, pour ceux qui ne la trouveraient pas, se trouve sur le site du fond du tiroir:http://www.fonddutiroir.com/blog
Ce tour de force s'inscrit dans un récit charmant et enlevé. La narratrice revient sur ce qui s'est passé lors du Noël de ses six ans, sur le secret qui lui a été révélé et qui a changé sa vie. Préparatifs, rencontres familiales, liste de cadeaux et catalogues de jouets, tout est là pour donner à ce Noël une allure familière. L'une des révélations : « Noël est un rite », donne à ces détails dans lesquels chacun reconnaîtra une part de vécu, une certaine banalité, tout un relief, un poids d'humanité et d'histoire.
Une lecture absolument recommandée pour la période qui s'ouvre ce mois-ci. Ajoutons que c'est drôle, profond et simple, et fort bien écrit comme tout ce que fait Fabrice Vigne (auteur de TS, superbe roman pour adolescents, de Jean 1er le posthume et Jean II le bon, écrits pour de plus jeunes lecteurs) et d'une belle protestation contre des déclarations anti-littérature de jeunesse comme on en lit encore trop souvent.
Lire : http://www.fonddutiroir.com/blog/?p=6903
14:48 Publié dans humour, LJ : roman réaliste, philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03 décembre 2011
Lettres à plumes et à poils
Lettres à plumes et à poil
Philippe Lechermeier et Delphine Perret
Thierry Magnier, 2011
Les liaisons dangereuses
par Christine Moulin

Pour s’initier au genre épistolaire, cet ouvrage est parfait : la variété des tons et des registres fait merveille.
La première série de lettres, du renard à la poule, ne peut que ravir le lecteur grâce aux sous-entendus, à l’implicite et à l’élégante cruauté qui rappellent, toutes proportions gardées, ceux des maîtres du XVIIIème siècle. Le style, quelque peu suranné, sent son boudoir plus que sa basse-cour : « Pourtant, je vous en conjure, n’en faites rien ». « je sais qu’il ne sera pas facile de vous convaincre de la sincérité de mes intentions » : ne croirait-on pas entendre Valmont qui, lui aussi, en quelque sorte, aimait « croquer les poulettes » ?
« Les lettres de la fourmi à sa reine » opèrent un contraste saisissant. C’est une « simple fourmi de la fourmilière de la forêt » qui prend la plume pour exposer son problème à sa souveraine : « J’en ai assez de cette routine qui recommence chaque matin, trimballer des morceaux de macchabées de scarabées ou des restes de sauterelles qui ont rendu l’âme, ça va cinq minutes mais là, ça commence à me courir sur le kiki, ça m’fout le bourdon, tout ça ». Saura-t-elle trouver le bien-être ?
A cela s’ajoutent de savoureux jeux sur les mots. Ainsi, les poulets sont, bien sûr, des gardiens de l’ordre à qui le corbeau écrit pour dénoncer tout ce qui le contrarie, dans un bel élan de fureur sécuritaire : « Le monde dans lequel on vit est de plus en plus dangereux, moi j’vous l’dis. On est plus [sic] en sécurité nulle part, la canaille vient vous trouver jusque dans votre foyer, crottedediou ! ».
Mais il n’y a pas que le style : les missives, telles des fables, débouchent souvent sur une « leçon » amère et drôle, tout à la fois, mais assez complexe pour susciter l’activité interprétative. L’aventure de l’escargot amoureux d’une limace en est un exemple terrible…
Les illustrations de Delphine Perret, croquées avec un crayon simple, mutin et tendre, ajoutent au charme de cet ouvrage.
15:58 Publié dans humour, roman animalier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe lechermeier, delphine perret, thierry magnier, genre épistolaire, lettres, registres de langue, christine moulin, fable


