03 mars 2012
Cendrillon : le petit théâtre d’ombres
Cendrillon : le petit théâtre d’ombres
Charles Perrault, Juliette Binet
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2011
Théâtre de (lampe de ) poche
Par Anne-Marie Mercier
Boîte de jeu, livre d’activité, castelet… il y a de tout à l’intérieur de ce livre de la collection « théâtre d’ombres » : on y propose un castelet de dimensions réduites, des décors en plastique rigide transparent, des figurines de même matière pour les personnages (humains et animaux), avec même quelque gros plans hardis (une figurine entière pour le pied de Cendrillon). Une lampe de poche à dynamo est fournie : fini le cauchemar de la recherche des piles…
Un petit livre propose le conte dans le texte de Perrault, illustré d’images dans le même style (mais en couleurs pastels) et accompagné de conseils pour le jeu dramatique, seul ou en groupe, tout à fait bien venus (comprendre l’histoire avant tout, essayer de ressentir l’émotion des personnages). Pour ceux qui n’arriveraient pas à improviser, des idées de mise en scène et de « jeu d’acteurs » et un texte théâtral très court sont proposés.
Enfin, tout cela est quasiment parfait. Seul reproche : le style du texte du mode d’emploi est un peu trop relâché.
Dans la même collection on retrouvera le Petit Poucet, le Chat botté, le Petit Chaperon rouge, Ali Baba, la Belle au bois dormant et les personnages des fables.
19:49 Publié dans conte, livre d'activités, LJ : théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cendrillon, charles perrault, juliette binet gallimard jeunesse (giboulées), anne-marie mercier
27 février 2012
Le Duc aime le dragon
Le Duc aime le dragon
Chun-Liang Yeh et Valérie Dumas
HongFei, 2011
Chengyu
par Christine Moulin
Un chengyu est une formule de quatre mots, une expression proverbiale porteuse de sagesse. Dans cet album, nous avons le droit à deux histoires, deux fables, qui illustrent deux chengyu, sur le thème des dragons. L'un, "Duc Ye aime le dragon", nous parle de l'opposition entre l'image que nous nous faisons de quelque chose et ce qu'elle est vraiment; l'autre, "peindre la pupille sur l'oeil du dragon", nous parle de la puissance de l'art, du risque que doivent savoir prendre les génies; les deux réfléchissant aux rapports entre le réel et sa représentation.
Dans notre époque qui privilégie les illusions de l'apparence, qui nous pousse parfois à nous laisser nous aveugler par la séduction de nos chimères, mais qui en même temps foule aux pieds la grandeur de l'art et de la culture, leur refuse toute efficacité, tout poids concret dans nos vies, nous avons besoin de cette philosophie décalée dans le temps et dans l'espace, de sa fausse simplicité, du message qu'elle nous apporte, qui retentit en nous, une fois le livre refermé. Les illustrations riches, colorées, drôles parfois, participent de ce dépaysement salvateur.
C'est avec ce genre de lecture que l'on expérimente ce que c'est que de s'enrichir au contact d'une autre culture et en quoi il est vital de permettre aux civilisations de se rencontrer.
22:56 Publié dans conte, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chun-liang yeh, valérie dumas, dragon, chine, fable, art, réalité, philosophie, christine moulin
11 février 2012
L’heure du Grimm
L’heure du Grimm
Bruno Heitz
Casterman (mini BD), 2011
Petit ? – concentré !
Par Anne-Marie Mercier
C’est une « mini BD », et pourtant il y a une foule d’histoires et de jeux : d’abord l’histoire de Hansel et Gretel, racontée par Louisette la taupe, héroïne de la série (9 volumes parus), puis celle des trois jeunes lapins kidnappés par une belette qui veut réécrire cette histoire à son profit, et celle des sauveteurs qui se déguisent en renard pour les délivrer. On pense à Sylvain et Sylvette : un décor réduit, la maison, la forêt, le stupide ennemi. On pense aussi aux Musiciens de Brême, petits animaux unis contre un plus gros.
C’est aussi une BD bien faite, dynamique, qui enchaîne les cases de divers format et de formes variées sans que ce soit jamais artificiel et qui intègre un récit (le conte de Hansel et Gretel) dans le récit de façon astucieuse pour être lisible par de jeunes lecteurs. Les personnages sont croqués parfaitement et ont chacun leur caractère : lapins peureux et gourmands, belette à demi rusée, écureuil peureux, raton laveur couturier borné, taupe sagace à lunettes.
Enfin, le conte rejoint l’actualité à travers la lecture du journal qui raconte les conflits des humains, celui de la « guerre des truffes » qui a défrayé la chronique cet automne. Conte, récit policier, actualité, c’est un festival où l’humour est présent partout, y compris dans le drame et le suspens.
19:50 Publié dans BD, conte, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grimm, bruno heitz, casterman (mini bd), anne-marie mercier
11 janvier 2012
Boucle d’or et les trois ours
Olivier Douzou
Boucle d’or et les trois ours
Rouergue, 2011
Boucle d’or, dans l’alphabet des chiffres
Par Dominique Perrin

Boucle d’or et les trois ours, une histoire chiffrée, voire une histoire de chiffres ? Une décennie après la version géométrisante de Rascal (Ecole des loisirs, 2002), Olivier Douzou donne un corps littéral à cette intuition tout droit issue d’une fantaisie d’enfant. Le conte est là, transmis dans sa fraîcheur et sa simplicité retorse ; l’image espiègle et sérieuse en offre une interprétation plaisante, d’une évidence renouvelée : dans l’algèbre virtuose et désinvolte de la culture humaine, le conte offre une mise en équation du connu et de l’inconnaissable, dédiée à la célébration ludique des formes symboliques sorties de l’esprit humain.
11:47 Publié dans conte, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : olivier douzou, rouergue, 2011, perrin
12 décembre 2011
Le Yark
Le Yark
Bertrand Santini
illustrations de Laurent Gapaillard
Grasset jeunesse (lecteurs en herbe), 2011
Le monstre de Madeleine
Par Anne-Marie Mercier
Le Yark est le monstre à l’état pur : il est plein de poils, il a des ailes de chauve-souris, des mains de sorcière et de grandes dents. Il mange les petits enfants...
– Rien de neuf, direz vous ?
– Mais si !
D’abord, contrairement au croquemitaine classique, ce ne sont pas les petits diables qui font sa nourriture, ceux qui ne finissent pas leur soupe, non. Il ne peut digérer que les enfants sages. Ce goût et la dévoration en elle-même sont évoqués avec un délice de détails qui fait penser à la Modeste proposition de Swift : on en croquerait ! D’ailleurs, la phrase de John Locke placée en exergue au livre ajoute à ce ton d’irrévérence face à sa majesté l’enfant.
Le problème du Yark, c’est que les enfants sages ne courent plus les rues, avec cette éducation permissive : « Les cours d’école grouillent d’un peuple bête et méchant, portrait craché de leurs parents » ; « réfractaire aux pensées profondes et à la poésie, le gamin d’aujourd’hui ne rigole plus qu’aux histoires de caca et de zizi ».
Le Yark cherche donc toutes sortes de solutions pour trouver un enfant sage (notamment à travers les listes des lettres au Père Noël, belle idée !), chaque tentative se solde par une erreur et une diarrhée gigantesque et rabelaisienne (l’auteur tient compte des goûts des enfants !). Le Yark fait des rencontres surprenantes et drôles – à condition d’aimer l’humour noir. Par exemple, celle de la troupe d’enfants abandonnés par des parents avisés : les voyant évoluer vers l’adolescent boutonneux, ils s’en sont débarrassés - «l’abandon s’impose alors pour rester sur un bon souvenir ».
La rencontre d’une délicieuse Madeleine, qui sera un peu la Zéralda du Yark, change tout et la morale est enfin sauve, in extremis. Les dessins sont hirsutes, merveilleux de drôlerie. A proposer aux lecteurs capables d’ironie, où (et ?) à ceux qui aiment se faire peur.
15:35 Publié dans conte, humour, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bertrand santini, laurent gapaillard, grasset jeunesse (lecteurs en herbe), monstre, humour, anne-marie mercier
10 décembre 2011
Mille Petits Poucets
Mille Petits Poucets
Yann Autret et Sylvie Serprix
Grasset jeunesse, 2011
l'infini du conte
par Anne-Marie Mercier
Yann Autret a choisi de broder sur le conte de Perrault en le prenant comme point de départ : un couple pauvre a trop d'enfants ; la femme, méchante, exige que son mari les en débarrasse. Seulement voilà, les enfants connaissent l'histoire du Petit Poucet et tout se passe à l'envers du résultat escompté. Cette version fantaisiste est un peu légère mais elle est assez joliment illustrée par des pastels gras très colorés et expressifs et une typographie qui imite celle des livres anciens.
11:50 Publié dans conte, humour, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08 décembre 2011
Les Enfants du Dieu soleil
Les Enfants du Dieu soleil
Odile Weulersse
Casterman (épopée), 2001
La mythologie égyptienne est-elle soluble dans la littérature de jeunesse?
par Anne-Marie Mercier
Les histoires des dieux de l'Égypte ancienne, autrefois présentées sous forme de plusieurs récits autonomes (on se souvient de la belle collection "Contes et légendes" de Nathan), sont ici réunies en un roman par Odile Weulersse, bien connue pour ses romans historiques.
La création du monde, la séparation du ciel et de la terre, la naissance des dieux, le meurtre d'Osiris et la quête d'Isis, tout cela forme une saga présentant une certaine unité. C'est à la fois le mérite et la limite de cette entreprise qui propose une lecture continue de textes d'époques et d'origines diverses. Une annexe en fin de volume permet de rétablir une perspective historique. Ainsi on donne au lecteur à la fois la possibilité d'une lecture naïve et d'un recul critique. L'ensemble est assez réussi, même si le projet est discutable, accentuant par trop l'aspect "histoire familiale" des mythes au détriment de leurs autres aspects.
Cela n'en fait pas une épopée comme pourrait le faire croire le titre de la collection qui regroupe bizarrement aussi bien des textes qui s'en rapprochent comme l'Iliade et l'Odyssée que des textes pour lesquels on ne peut qu'être perplexe : Pinocchio, Sindbad le marin, etc. le terme de « classique » aurait sans doute mieux convenu mais ce serait moins bien inscrit dans les programmes de 6e du collège... Le nom de la collection dans laquelle il a paru en 2007, "les romans des légendes" (Pocket), était mieux choisi.
Ces remarques peuvent s'étendre à d'autres types d'oeuvres, les adaptations d'épopées. En effet, la plupart (je pense entre autres au cycle du Graal repris par Montella et à l'Odyssée de Honacker) opèrent un transfert de genre en adaptant : l'épopée se fait pour l'un roman d'aventures et d'amour, pour l'autre roman fantastique, et pour les deux, roman de formation : l'épopée ne serait-elle plus (ou pas) soluble en littérature de jeunesse? Voilà une belle question pour un colloque!
11:48 Publié dans conte, LJ : roman historique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : odile weulersse casterman (épopée), épopée, mythe, egypte, antiquitéanne-marie mercier
06 décembre 2011
Cendrillon et l'oiseau de feu
Cendrillon et l'oiseau de feu
La luciole masquée, Joël Cimarron
Karibencyla, 2011
méli-mélo
par Anne-Marie Mercier

Installées à Perpignan, les éditions Karibencyla se sont fait une spécialité des contes et notamment des « contes mélangés ». Après Barbe-Bleue et Compè lapin, la Belle et Ganesh, Petit Poucet et le Minotaure,... vient de paraître l'histoire de Cendrillon et l'oiseau de feu, qui mélange folklore français et folklore russe de façon harmonieuse.
Cela n'appporte pas grand-chose à Cendrillon, et lui ôte même une part de magie puisque la fée marraine est remplacée par l'oiseau de feu. Mais cela a l'avantage d'introduire le conte russe, peu connu en France et de manifester la plasticité des contes, souvent greffés les uns sur les autres. Le texte est écrit dans une belle langue et les images offrent un mélange de classicisme et de modernité relativement réussi.
11:47 Publié dans conte, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cendrillon, oiseau de feu, la luciole masquée, joël cimarron, karibencyla, anne-marie mercier
16 novembre 2011
11 contes des îles
Thierry Delahaye
11 contes des îles
Flammarion jeunesse, 2011
D’île en île – comme de texte en texte
par Dominique Perrin

Des dieux « pêcheurs d’îles » de la mythologie japonaise à la fiction documentée de Dumas sur l’île d’If, de l’épopée des Argonautes aux embardées des quêteurs de trésor de Stevenson, des explorations irlandaises de saint Brendan au dernier coup d’éclat du gouvernement des Maldives – en passant, bien sûr, par le mythe des Atlantes, le roman de Robinson Crusoe, l’histoire nourrie de mythes de l’Ile de Pâques, les relations de voyages plus ou moins véridiques touchant à Tahiti, et de façon moins attendue, aux amazones habitantes « d’un grand fleuve du Brésil »… les « 11 contes des îles » présentés par Thierry Delahaye ont tout de passionnant, pour le collégien comme pour le lecteur le plus aguerri.
La diversité des personnages, des lieux et des temps n’a ici d’égale que la diversité de statut des récits rassemblés, d’abord présentés sur un mode encyclopédique puis rendus sur un mode plus ou moins littéraire, toujours avec une grande concision. C’est là que se loge, du moins au premier abord, une forme de déconvenue pour qui se fie au titre de l’ouvrage : la narration n’est en fait jamais celle du conte au sens propre du terme, et la condensation extrême appliquée en particulier à l’épopée des Argonautes apparaît fort dépoétisante. A l’usage pourtant, l’intérêt du recueil est précisément ailleurs : dans une approche quasi documentaire de l’ensemble des récits évoqués, dont la juxtaposition permet, parmi des perspectives historiques, géographiques, culturelles et anthropologiques extrêmement variées, une fort belle réflexion sur la diversité de leurs sources et de leur statut épistémologique – entre mythe, littérature, témoignage et archives.
00:24 Publié dans conte, LJ : aventures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thierry delahaye, perrin, 11 contes des îles, flammarion jeunesse
14 novembre 2011
L'effaceur de couleurs
L’effaceur de couleurs
Guy Coda
Editions du Mont Jeunesse, 2010
Une fable shadockienne
par Christine Moulin
Au début il y a une planète, Aïeaïeaïe. Comme elle s’est livrée sans frein aux excès de la consommation, elle est très vite menacée par un méchant nuage qui lui enlève ses couleurs. Ses dirigeants vont voir ceux de la planète Oulàlà, leur voisine. Mais celle-ci n’est pas « aideuse », c’est là son moindre défaut.
Je vous laisse découvrir la suite. Vous le voyez, le scénario n’est pas renversant. Mais les illustrations (des photos d’êtres étranges fabriqués en papier et en ferraille) sont surprenantes, le style assez enlevé, même si l’ironie est parfois un peu facile (« Heureusement, le Président des Douillets était un homme intelligent, sinon on ne l’aurait pas nommé président, c’est sûr ! »).
Bref, une initiation contemporaine au genre de la fable.
00:22 Publié dans conte, LJ : albums, LJ: première oeuvre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guy coda, editions du mont, fable, écologie, couleurs, christine moulin


