04 mars 2012
Anthony Browne, déclinaisons du jeu des formes
Anthony Browne, déclinaisons du jeu des formes
Anthony Browne et Joe Browne
Kaléidoscope, 2011
Browne, par lui-même ?
par Anne-Marie Mercier
Le titre un peu énigmatique est éclairé par un sous-titre en page de couverture, sans doute ironique, mais assez juste : « mon métier, mon œuvre, et moi ». Il s'agit en effet d'une biographie de Browne issue d'entretiens avec son fils. Elle est présentée sous forme autobiographique, écrite à la première personne et c'est peut-être le point qui pose problème. En effet, on peine à trouver un véritable ton à ce texte, souvent écrit de manière factuelle, parfois lourde. Effet de diction, de transcription ou de traduction ?
La partie biographique surprendra ceux qui lui imaginent une enfance difficile à cause de la présence fréquente dans son œuvre d'enfants et de familles malheureux. Il affirme qu’il ne faut notamment pas interpréter les images négatives de pères de ses albums comme des reflets de son propre père et nous présente une image idyllique de sa famille, trop idyllique ?
La partie consacrée à son œuvre est beaucoup plus intéressante et éclairante. Il indique sa formation, son goût pour le surréalisme (Magritte) et pour Francis Bacon, ses hésitations entre graphisme et art, ses premiers travaux. Bien souvent, il montre que certaines images ont été réalisées sans intention consciente de signification, davantage pour leur force intrinsèque. Ainsi, la part symbolique et métaphorique de son travail s'est construite peu à peu et cela fait que certaines interprétations proposées par des enfants lui semblent aussi vraies que celles qu'il peut donner, qu'il n’a construites qu'après coup. La réception par les enfants de ces albums est extrêmement intéressante, comme ce qu'il décrit du processus de création de ses principaux ouvrages. Un chapitre consacré à son travail d'illustration de textes d'autres auteurs (Carroll, McEwan…) est lui aussi très éclairant. Enfin c'est un ouvrage qui n'apportera peut-être que peu d'éléments nouveaux à ceux qui connaissent bien Anthony Browne, mais qui propose un parcours complet accompagné de nombreuses images fort bien choisies et reproduites et qui donne des informations intéressantes sur la genèse et la réception de ses œuvres. Pour les autres, ce sera une belle découverte et une clé pour entrer dans l'univers complexe de cet auteur.
19:40 Publié dans LJ : albums, LJ : documentaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anthony browne et joe browne, création, album, kaléidoscope, anne-marie mercier
03 mars 2012
Cendrillon : le petit théâtre d’ombres
Cendrillon : le petit théâtre d’ombres
Charles Perrault, Juliette Binet
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2011
Théâtre de (lampe de ) poche
Par Anne-Marie Mercier
Boîte de jeu, livre d’activité, castelet… il y a de tout à l’intérieur de ce livre de la collection « théâtre d’ombres » : on y propose un castelet de dimensions réduites, des décors en plastique rigide transparent, des figurines de même matière pour les personnages (humains et animaux), avec même quelque gros plans hardis (une figurine entière pour le pied de Cendrillon). Une lampe de poche à dynamo est fournie : fini le cauchemar de la recherche des piles…
Un petit livre propose le conte dans le texte de Perrault, illustré d’images dans le même style (mais en couleurs pastels) et accompagné de conseils pour le jeu dramatique, seul ou en groupe, tout à fait bien venus (comprendre l’histoire avant tout, essayer de ressentir l’émotion des personnages). Pour ceux qui n’arriveraient pas à improviser, des idées de mise en scène et de « jeu d’acteurs » et un texte théâtral très court sont proposés.
Enfin, tout cela est quasiment parfait. Seul reproche : le style du texte du mode d’emploi est un peu trop relâché.
Dans la même collection on retrouvera le Petit Poucet, le Chat botté, le Petit Chaperon rouge, Ali Baba, la Belle au bois dormant et les personnages des fables.
19:49 Publié dans conte, livre d'activités, LJ : théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cendrillon, charles perrault, juliette binet gallimard jeunesse (giboulées), anne-marie mercier
3e Festival Science et Manga : Au travers du Temps
3e Festival Science et Manga : Au travers du Temps
La BU Sciences Lyon 1 organise du 12 au 17 mars son 3e Festival Science et Manga avec pour thème le Temps.
3 évènements ponctueront le Festival :
Une exposition, du 12 au 17 mars 2012
L’exposition présentera le rapport au temps dans les mangas. Une collection d’objets du musée du Temps de Besançon donnera un cadre historique à cette réflexion. Des créations d’élèves de l’école Emile Cohl montreront que le manga est le lieu de tous les possibles.
Une conférence-débat, mardi 13 mars de 12h15 à 13h45
Elle réunira trois personnalités différentes autour de la question « Maîtriser le temps : de la mesure au voyage » : Gilles Adam, astrophysicien, Thomas Charenton, conservateur du Musée du Temps de Besançon, et Jean-Pierre Charcosset, philosophe. Chacun, selon sa discipline, éclairera cette notion dont l’apparente évidence s’efface dès qu’on tente de la définir.
Une projection :
Jeudi 15 mars à 18h : La Traversée du temps, réalisé par Mamoru Hosoda d’après un roman de Yasutaka Tsutsui.
Pour en savoir plus : http://festivalscienceetmanga.over-blog.com/
09:16 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02 mars 2012
1001 manières de sentir
1001 manières de sentir
Véronique Gaspaillard, Françoise de Guibert
Gulf stream, coll. La vie tous azimuts, 2011
1001 manières d’être vivant
Par Dominique Perrin
Se nourrir, naître – se reproduire -– sentir : trois albums documentaires explorent successivement ces grandes fonctions transversales à l’univers du vivant, qu’il soit végétal ou animal – avec à chaque fois une interrogation conclusive subtilement espiègle : « et l’humain dans tout ça ? ». L’explication, synthétique et précise, est organisée en chapitres et paragraphes alertes, illustrés sur un mode alternativement plaisant et sérieux ; elle invite le lecteur à se positionner, « tout simplement », en scientifique : Véronique Gaspaillard, professeure de lycée passionnée de biologie, et Françoise de Guibert, spécialiste de l’écriture documentaire à destination de la jeunesse, relèvent ici avec rigueur et allant le défi toujours renouvelé du partage du savoir scientifique et de la curiosité insatiable qui le sous-tend.
17:43 Publié dans LJ : documentaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : 1001 manières de sentir, perrin, véronique gaspaillard, françoise de guibert, gulf stream, coll. la vie tous azimuts, 2011
01 mars 2012
Revolver
Revolver
Marcus Sedgwick
Traduit (anglais) par Valérie Dayre
Thierry Magnier, 2012
North-ern
Par Christine Moulin
Si l'action ne se déroulait pas dans le Grand Nord, dans une atmosphère glaciale, pure et étouffante comme celle des tragédies, on pourrait dire qu'il s'agit d'un western: le héros de l'histoire principale (il y a une histoire-cadre que je vous laisse découvrir), Sig, est un jeune garçon dont le père Einar meurt dès les premières lignes ("Sig regardait fixement le corps immobile de son père, attendant qu'il parle, et le père se taisait, car il était mort"). Einar, on l'apprendra, a été impitoyablement poursuivi, pendant toute sa vie, par une brute, un homme-ours (du nom de Wolff...) qu'il a trompé, dans une affaire d'or et de trésor. Appât du gain, batailles, ressentiment, vengeance, errance, violence, tout est là.
Mais comme dans tous les grands westerns, il y a plus: d'abord le froid, qui remplace la chaleur accablante de l'Ouest, minutieusement décrit, mordant et obsédant, qui fatigue mais parfois galvanise, qui tue aussi; ensuite, l'arme qui a donné son nom au roman: omniprésente, à travers notamment des citations qui scandent les chapitres, objet de peur, de fascination, elle semble pouvoir précipiter le dénouement et pourtant... Et surtout, il y a les personnages. Dotés d'une psychologie, d'une personnalité, d'une voix, ils représentent en même temps des valeurs qui vont s'affronter au moment du dilemme auquel sera confronté le héros: d'un côté, celles de son père, la ténacité, le courage, la volonté farouche de défendre les siens; de l'autre, celles de sa mère, l'amour, la valeur du pardon, la Foi, l'Espérance, les deux univers se rejoignant dans un même précepte, difficile à interpréter et à incarner: "Apprends ce que tu pourras sur le monde".
Le roman est servi par une chronologie complexe mais efficace et par une langue incisive: Valérie Dayre en traductrice, excusez du peu! On peut donc se délecter d'une écriture acérée, émaciée, parfaitement congruente à son objet, qui sait rendre haletantes les actions ("Elle était à mi-chemin du chenil quand elle entendit le coup de feu.
Un coup unique, qui retentit dans toute la vallée pétrifiée par le gel, de la cabane jusqu'au Giron.
L'écho revint en secouant un peu de neige au faîte des arbres, et les corbeaux prirent leur envol.") mais qui sait aussi donner à ces actions un arrière-plan tragique, voire métaphysique ("Dieu détourne-t-il les yeux quand il arrive de vilaines choses? Ou reste-t-il à observer en s'interrogeant sur l'évolution de sa création? Secoue-t-il la tête tant sont grands son chagrin et sa déception? Ou sourit-il?").
Tant il est vrai qu'au moment de choisir, il s'agit toujours au fond, de savoir qui on écoutera au fond de soi, car "même les morts racontent une histoire".
PS : une belle analyse de ce roman sur le blog Les riches heures de Fantasia.
22:30 Publié dans LJ : aventures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marcus segwick, valérie dayre, thierry magnier, western, grand nord, ruée vers l'or, éducation, christine moulin
29 février 2012
Sade Up
Sade Up
Franck Secka, Philippe Huger (ingénierie papier)
Rouergue, 2011
La pensée Pop Up
par Anne-Marie Mercier
Disons-le d'emblée, même si la précaution peut sembler inutile vu le titre : cet album n'est pas pour les enfants, ni pour les âmes sensibles. Pourtant c'est un Pop up, et il en déploie toutes les ressources : constructions qui se déploient en relief, rabats permettant de multiples permutations, tirettes dévoilant ou découpant des objets et des corps, roues faisant défiler les possibles...
Il ne s'agit pas d'illustrer une œuvre particulière de Sade mais de proposer dans chaque double page une petite scène de théâtre à sa manière. On y trouve de nombreux pastiches : une fausse Chapelle Sixtine, des tableaux revisités, des montages de peintures, gravures, photographies colorisés… L'objet est superbe et dérangeant.
Quant au propos, il a le mérite de faire réfléchir à ce que crée un pop up. Ainsi, ce qui, dans le domaine de l'enfance, sert le jeu, la curiosité et l'exploration de la limite des possibles peut être détourné (mais est-ce un détournement ?) vers d'autres domaines. Que ceci soit appliqué à une œuvre qui semble à beaucoup totalement étrangère au monde de l'enfance ne peut que faire réfléchir au désir de voir, commun à l'enfant et au personnage sadien. Dévoiler ce qui se passe dans la chambre des parents, ou sous les vêtements du grand duc, mettre en pièce des petits poissons… tout cela dira quelque chose aux spécialistes de l'enfance ; pour les rares spécialistes de Sade qui fréquenteraient ce site, ils méditeront également les propos de la préface de Michel Surya : il s'agit de « mettre la pensée elle-même en représentation, une représentation à laquelle c'est la machine qui commande ou à laquelle on commande par la machine » belle définition du pop up.
19:05 Publié dans ... non identifié, Littérature générale, livre animé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sade, franck secka, philippe huger, rouergue, pop up, anne-marie mercier
28 février 2012
Quand la révolte gronde
Quand la révolte gronde
Anne Lecap
Illustrations Marcelino Truong
Flammarion jeunesse
C’est la lutte…. !
Par Chantal Magne-Ville
Un roman dont l’héroïne est une fille, et qui plus est syndicaliste de la première heure, est suffisamment rare pour que le salue. L’histoire retrace avec une extrême fidélité la découverte par Emilie des rapports d’oppression au sein d’une usine textile ardéchoise, au moment de l’avènement du Front Populaire. Face aux tout récents accords de Matignon auxquels les patrons résistent, les ouvriers, menés par Emilie, osent faire grève et obtiennent gain de cause. Agrémentée d’une histoire d’amour, la peinture des conquêtes sociales est précise et parfois si exhaustive qu’elle rejoint davantage le docu-fiction que le véritable roman. Ces quatre mois de l’été 36 dépeignent en effet le bonheur des congés payés, les augmentations de salaire et surtout la réduction du temps de travail à 40h, qui invente le week-end et permet de prendre le temps de vivre. Mais le caractère stéréotypé des personnages et l’intrigue souvent un peu trop prévisible n’emportent pas toujours l’adhésion, à l’image du personnage mystérieux du mercenaire briseur de grève. Le dénouement façon happy-end a également du mal à convaincre. Une lecture très instructive cependant, dont le style simple et extrêmement classique facilitera l’approche des jeunes lecteurs.
20:04 Publié dans LJ : roman historique, LJ : roman réaliste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anne lecap, front populaire, grève, usine, flammarion jeunesse, chantal magne-ville
27 février 2012
Le Duc aime le dragon
Le Duc aime le dragon
Chun-Liang Yeh et Valérie Dumas
HongFei, 2011
Chengyu
par Christine Moulin
Un chengyu est une formule de quatre mots, une expression proverbiale porteuse de sagesse. Dans cet album, nous avons le droit à deux histoires, deux fables, qui illustrent deux chengyu, sur le thème des dragons. L'un, "Duc Ye aime le dragon", nous parle de l'opposition entre l'image que nous nous faisons de quelque chose et ce qu'elle est vraiment; l'autre, "peindre la pupille sur l'oeil du dragon", nous parle de la puissance de l'art, du risque que doivent savoir prendre les génies; les deux réfléchissant aux rapports entre le réel et sa représentation.
Dans notre époque qui privilégie les illusions de l'apparence, qui nous pousse parfois à nous laisser nous aveugler par la séduction de nos chimères, mais qui en même temps foule aux pieds la grandeur de l'art et de la culture, leur refuse toute efficacité, tout poids concret dans nos vies, nous avons besoin de cette philosophie décalée dans le temps et dans l'espace, de sa fausse simplicité, du message qu'elle nous apporte, qui retentit en nous, une fois le livre refermé. Les illustrations riches, colorées, drôles parfois, participent de ce dépaysement salvateur.
C'est avec ce genre de lecture que l'on expérimente ce que c'est que de s'enrichir au contact d'une autre culture et en quoi il est vital de permettre aux civilisations de se rencontrer.
22:56 Publié dans conte, LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chun-liang yeh, valérie dumas, dragon, chine, fable, art, réalité, philosophie, christine moulin


