19 février 2012
Attends moi !
Attends moi !
Stéphanie Blake
L’école des loisirs, 2011
Un album vitaminé
Par Caroline Scandale
Un petit loup nous entraîne dans sa course folle. Avec son copain lapin, ils s'amusent à faire du skate board. Leur vitesse est telle qu'ils s'envolent en percutant un escargot et retombent dans une voiture. A son tour le gastéropode rigolo leur demande de l'attendre car il veut aussi jouer avec eux. Désormais à trois, ils roulent oreilles et antennes au vent, et invitent le jeune lecteur à les rejoindre dans leur monde acidulé et plein de pep's.
Album catrtonné déal pour les petits loups balbutiants, avides de découvertes et d'histoires à croquer...
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18 février 2012
Vango, t. 2 : Un prince sans royaume
Vango, t. 2 : Un prince sans royaume
Timothée de Fombelle
Gallimard jeunesse (grand format) Jeunesse, 2011
Au galop, en train, en dirigeable… sur un air de romarin
par Anne-Marie Mercier
En écrivant sur le premier tome de la série, j’avais exprimé une certaine déception (voir plus bas). Le deuxième tome (et le dernier) est superbe et lève tous les doutes. Il va à toute allure, en train, en avion, à cheval… et toujours en dirigeable, d’Amérique en Russie en s’arrêtant en France, en Italie et en Ecosse. Il multiplie les péripéties et les coups de théâtre, croise les genres et les styles. Les thèmes du roman populaire (enlèvements, sombres complots, prince caché, retrouvailles…) sont brassés de belle manière ; on trouve aussi un zeste de roman de guerre (ici, la montée du nazisme, l’occupation, la résistance), un peu de roman d’espionnage (gentiment antisoviétique comme dans l’ancien temps…on ne va pas trop creuser sur ce plan), et une pincée de roman sentimental. Tout cela est brassé avec talent et avec des moments d’humour (le commissaire et sa vieille mère sont joliment traités). Enfin, si le livre est fort bien écrit, les derniers chapitres sont superbes et évoquent avec poésie et acuité le désespoir, le désir et la nostalgie.
On ne racontera pas, c’est impossible de toutes façons. Les héros ont de la présence et de la prestance : Vango, l’orphelin traqué, Ethel et la Taupe, les solitaires, Andreï le violoniste, le père Zefiro, Mademoiselle, Basilio, etc. et l’horrible V. Victor. Tous les personnages du premier tome reviennent, y compris ceux que l’on croyait perdus. Tous les fils se nouent, on traverse l’Europe en guerre pour remettre une lettre, les destins se recroisent et les mystères liés origines de Vango se dévoilent. Le livre se clôt sur une odeur de romarin qui faisait l’un des charmes du premier tome.
Vango, t. 1: entre ciel et terre
Timothée de Fombelle
Gallimard Jeunesse, 2010
Par Anne-Marie Mercier
On attendait avec impatience la nouvelle œuvre de Timothée de Fombelle, se demandant comment, après les deux très beaux volumes de Tobie Lollness il allait pouvoir s’égaler et se renouveler.
Avec Vango, Timothée de Fombelle se renouvelle : plus de monde miniature (les humains de Tobie Lolness vivaient dans les arbres, pas plus gros que de minuscules insectes terrifiés par tout : goutte d’eau, scarabée, etc.). Plus de fable politique. Plus de fable écologique. Nous sommes dans le monde réel, avec juste un décalage temporel : les années 30, et un arrière plan de vieilles révolutions, de vieilles guerres et d’une autre guerre qui se prépare en Allemagne. Ce ne sont plus les humains qui sont tout petits, c’est le monde : on voyage sans cesse entre la Sicile, l’Allemagne, l’Amérique et Paris. En bateau, chemin de fer, avion, dirigeable… Ces déplacements qui devraient être lents sont très rapides par une succession d’ellipses : on va vite, et on piétine en même temps.
Le héros, Vango (pour Evangelisto), est un enfant perdu, ou trouvé, mystérieux pour les autres comme pour lui-même. Le mystère de sa naissance ne que sera progressivement et partiellement levé à la fin du volume et introduira des éléments dignes des romans populaires les plus débridés : des îles, des pirates, des espions russes, des moines, un trésor, un château en Ecosse habité par de riches et jeunes châtelains, orphelins eux aussi… On ne sait pourquoi l’innocent et candide Vango est pourchassé, mais il l’est partout où il va. Le début du roman est emblématique. Il montre Vango, tout de blanc vêtu, couché à plat ventre sur le parvis de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, parmi d’autres futurs prêtres attendant leur ordination. En quelques secondes il est pris en tenaille entre des policiers l’accusant d’avoir tué son père spirituel et des assassins cherchant à l’éliminer. L’histoire ne s’embarrasse pas de vraisemblance : à chaque carrefour, les ennemis sont là, où qu’il aille, quoi qu’il fasse. C’est sans doute cette dimension paranoïaque qui fait le charme de cette histoire. Sans doute aussi l’étrangeté de ses personnages et leur extrême solitude.
Malgré ce charme, le roman agace et déçoit un peu. Il donne l’impression de partager avec ses modèles populaires le souci de « tirer à la ligne » et de multiplier les rebondissements pour faire attendre plus longtemps les suites à ses lecteurs (et vendre davantage de ces gros volumes). On y retrouve tous les ingrédients pour cette accumulation de pages pour peu de matière : enchaînements des dialogues, changements fréquents d’alinéas, etc. On est loin de la densité de Tobie.
Mais on est dans un autre genre, qui cultive la liberté et la complexité de l’intrigue. Les comparaisons sont sans doute mal venues. Bref, il séduira ceux qui n’ont pas lu Timothée, décevra peut-être les autres, à moins qu’ils ne cherchent autre chose, à moins que la suite ne soit plus dense et renoue tous ces fils un peu lâches. (A suivre…)
22:14 Publié dans LJ : aventures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : timothée de fombelle, gallimard jeunesse (grand format) jeunesse, anne-marie mercier
17 février 2012
Fanfantôme
Fanfantôme
Charlotte Sjöstrand
L’école des loisirs
Tourne manège ?
Par Chantal Magne-Ville

Un adorable petit livre qui évoque les aléas de la propreté sur un mode léger. Il suffit de voir la mine dépitée du petit fantôme trop pressé qui vient de faire pipi sur son drap et cache la tache, puis d’entendre le ton mi-grondeur mi-amusé de la maman qui l’expédie illico dans la machine à laver pour se convaincre que tout ceci n’est pas bien grave. L’image circonscrite dans un cadre blanc met en relief le décor fait d’innombrables nuances de gris sur lequel les fantômes découpent leurs silhouettes dynamiques et pleines d’entrain. Seuls les yeux et les joues sont recolorisés ce qui ajoute de la vivacité aux scènes pleines d’humour. Fanfantôme, par exemple, se lie d’amitié sur l’étendage avec une petite culotte timorée qu’il entraîne dans ses jeux car il vole, et le résultat ne se fait pas attendre : les voilà encore plus sales qu’avant…. Mais c’est lui qui réclame de retourner dans la machine….
19:49 Publié dans LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : charlotte sjöstrand, fantôme, propreté, l’école des loisirs, chantal magne-ville
16 février 2012
Le cantique des elfes
Le cantique des elfes
Myriam Chirousse
Thierry Magnier, 2011
Y a-t-il un narrateur dans le roman ?
par Christine Moulin
Créditons l'auteure d'avoir voulu brouiller les repères narratifs pour donner une idée de la désorientation des personnages. Peut-être, toutefois, en a-t-elle un peu trop fait...
Résumons: nous avons donc un premier chapitre en "tu" (la comparaison avec Contre Dieu, qui repose sur le même principe est cruelle...): "tu" étant Jessica, une adolescente de quatorze ans, rêveuse et romantique, qui préfère vivre, sous les traits de Lady Kerridwen, dans un château gothique sis dans les contrées virtuelles d'Ultramonde, plutôt que dans la plate réalité de son existence, pourtant douillette, au fond; nous avons aussi un deuxième chapitre écrit à la troisième personne, du point de vue d'Helena, l'amie de "tu", personnage moins facile à cerner puisqu'au début du roman, elle apparaît comme la copine sûre d'elle qui jette son dévolu sur le beau Sébastien Moret et arrive assez facilement à "sortir avec" lui tandis que par la suite, elle semble perdue au point de tomber dans les griffes d'une secte d'amazones, dans l'Ultramonde, qu'elle fréquente également ; nous avons un troisième chapitre sous forme d'un dialogue entre Lupus Negrus, l'elfe noir inquiétant qui a envoûté Lady Kerridwen, mais ce dialogue se déroule dans la vie réelle, puisque la "jonction" a eu lieu; enfin... bon, je n'en dirai pas plus; nous avons enfin un quatrième chapitre où Tom, un lycéen surdoué mais complètement déscolarisé, s'adresse à Jessica. Ouf...
A cela s'ajoute une histoire de serial killer, pas complètement élucidée (comment Lupus Negrus sait-il ce qu'il sait? je n'en dirai pas plus... mais je pose la question), destinée à faire monter le suspens au début mais qui tourne court.
A cela s'ajoute une dimension sociale grâce au contraste entre ce qu'est réellement le père de Tom et ce que rêve celui-cI, entre son existence et celle de ses employeurs; entre la famille de Jessica (même s'il s'agit d'une famille "recomposée") et la famille d'Helena, livrée à elle-même.
A cela s'ajoute la question, finalement récurrente: qu'est-ce qu'aimer? les rencontres sur Internet ne sont-elles qu'illusoires? Avec comme il est maintenant de mise, en filigrane, un avertissement : Internet est dangereux!
Mais rien n'est cohérent, le lecteur est balloté d'un personnage à l'autre, d'un thème à l'autre, d'un suspens à l'autre et se demande au fond ce qu'il vient de lire: peut-être était-ce l'effet recherché?
20:01 Publié dans LJ : Roman de SF, fantasy, fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : myriam chirousse, thierry magnier, narration à la deuxième personne, internet, mondes virtuels, avatar, adolescence, elfe, amazone, christine moulin
15 février 2012
Clarence Flûte et le secret de Sybille
Clarence Flûte et le secret de Sybille
Sandrine Bonini,
Autrement, 2011
Les scientifiques : des êtres incompris?
Par Olivier Morin

Ce texte drôle et plein de malice nous entraine dans l’univers imaginaire de Clarence, un petit garçon amoureux de sciences et … de Sybille, sa jolie voisine. De bricolages astucieux en expériences originales, nous découvrons comment Clarence représente son monde dans son carnet de recherche, à l’abri de son laboratoire sécurisé. Hélas, Sybille est une énigme pour Clarence : elle collectionne des petits animaux en verre colorés, elle aime le dessin et elle manque totalement de rigueur et de méthodes ! Fort heureusement, l’esprit créatif de Clarence a mis au point un système révolutionnaire qui lui permettra de comprendre les individus les plus secrets.
A travers cette lecture, on pourra aborder la question des stéréotypes (en classe, ce serait en cycle 3). Les scientifiques sont-ils des êtres incompris vivant dans un monde à part ? Ont-ils un langage bien à eux ou peut-on espérer comprendre ce qu’ils disent ? Faut-il vraiment des pierres précieuses pour intéresser les filles ?
Ce roman est aussi une belle occasion de se demander ce que la science peut nous apprendre, et ce qu’elle ne nous apprend pas. Mais que faut-il donc pour qu’une expérience marche ?
19:52 Publié dans LJ : albums, LJ : roman réaliste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sandrine bonini, autrement, astronomie, science, olivier morin
14 février 2012
La Première Fois: spécial-Saint Valentin
La Première Fois
Melvin Burgess, Anne Fine, Keith Gray, Mary Hooper, Sophie McKenzie, Patrick Ness, Bali Rai, Jenny Valentine
Gallimard (Scripto), 2011
Pour le meilleur ou pour le pire
par Anne-Marie Mercier
D’excellents auteurs, connus dans le monde de l’édition de la littérature pour adolescents, sont ici rassemblés par Keith Grey. On trouve, dans ce recueil de nouvelles autour du thème de la « première fois », des textes de qualité et des écritures très diverses. Comme on est en littérature « de jeunesse », il y est davantage question de l’avant que du passage à l’acte lui-même (le texte de P. Ness échappe astucieusement à cette règle en multipliant les rectangles noirs sur les mots interdits).
Si le recueil vise à la diversité (amours hétéro et homo sont représentées), le point de vue des filles est cependant minoritaire et ne présente aucun passage à l’acte heureux; il propose même des histoires tragiques (celle d’une jeune indienne bafouée, celle d’une anglaise prostituée) contrairement aux textes concernant des garçons.
Le texte final donne une vision différente à travers le point de vue d’une femme adulte qui enseigne l’EPDPS (éducation et prévention pour le développement personnel et social – autrement dit « sexe et drogue » –) à des troisièmes, et se souvient de ses propres débuts – heureux, mais pas tout de suite, après un temps de tâtonnements avec le même partenaire. Ainsi, ses élèves, qui ont été souvent amoureux/ses (sondage à l’appui), mais pas plus de « huit semaines et trois jours » en moyenne, n’ont pas eu la possibilité de connaître une « première fois » accomplie. En conclusion, le tout n’est pas de « faire l’amour mais de le trouver »…
Un livre plein de philosophie, donc, mais qui sera instructif pour les garçons et dissuasif pour les filles…


