27 janvier 2012
Timo à la montagne, Timo au parc
Timo à la montagne, Timo au parc
Émilie Gillet, Cyrille Entzman
Gallimard jeunesse, 2011
Images du quotidien
Par Anne-Marie Mercier
Voici une nouve
lle série dont le héros est un doudou, une souris aux poches arc-en-ciel présentées dans des images photographiques. À la montagne, on la voit faire de la luge, construire un bonhomme de neige, essayer le téléski, prendre un cours, et s'endormir en rêvant… qu'il fait du ski.
Au parc il explore les différents lieux et activités, fait une chute du toboggan, et, en mangeant son goûter, « il rêve déjà de revenir au parc pour s'amuser. »

On l’aura compris, il y a dans ces petits albums carrés quelques principes intéressants : l’utilisation de la photo, l’insertion d’un personnage de fiction dans du réel, une idée de circularité et de régularité.
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26 janvier 2012
Ecoute les bruits des saisons
Delphine Gravier-Badreddine,
illustrations Henri Galeron, Donald Grant, Pierre-Marie Valat
Ecoute les bruits des saisons
Gallimard, Premières découvertes, 2011
Science, poésie et son : sous-continents communs à explorer
Par Dominique Perrin
Un livre sonore invitant à tendre l’oreille aux « bruits des saisons », la chose est engageante aussi bien pour les amateurs de documentation que pour les amateurs de poésie. C’est à une rencontre de ces deux horizons qu’on assiste ici avec plaisir ; la modestie de ses moyens et de ses ambitions donne cependant à songer sur les possibilités que pourraient ouvrir un télescopage plus audacieux et plus fécond du travail sur le pouvoir évocateur des mots, sur celui des images et sur celui des sons - au service d’un authentique point de vue scientifique sur la planète comme milieu et comme système.
25 janvier 2012
Les Mohamed
Les Mohamed
Jérôme Ruiller
Sarbacane, 2011
La Sociologie est un sport de combat... en BD
Par Anne-Marie Mercier

Soutenu par Amnesty international, cette bande dessinée est une adaptation d'un livre de sociologie, Mémoires d'immigrés de Yamina Benguigi. Trois sections proposent différents portraits : les pères, les mères, les enfants.
À la manière de Maus, l'auteur présente les êtres humains sous une forme vaguement animale: ils ont tous des oreilles rondes (souris, ours?...), quels que soient leur origine ou leur sexe. Mais il n'y a pas de diabolisation, juste un regard lucide sur les conditions d'existence (la misère des bidonvilles, des foyers pour hommes, le rêve du HLM, la solitude, le regret du pays, quelques éclairs de solidarité et d'amour). Si la section des pères est dominée par le silence et la soumission, celle des mères est davantage portée par le désir de liberté et la curiosité. Celle des enfants est marquée par la révolte et l'action sociale ou politique, la quête d'identité et de reconnaissance.
C'est toute une part de notre histoire qui est ici écrite et dessinée à travers des récits de vie portés par un langage très individualisé, des voix marquées par un accent, des images, des tournures. Chacun s'inscrit dans son décor, entouré d'objets, pauvres mais porteurs de toute une vie. L'ensemble est d'une grande humanité. C’est un très beau moment de lecture, pleine de poésie simple et de rélité.
Le narrateur et son projet y figurent, tantôt de façon rétrospective lorsque, dix ans auparavant, il interroge lui-même son père, qui participa à la guerre d'Algérie, tantôt de façon contemporaine lorsqu'il s'interroge sur son propre regard sur les immigrés ou sur la proximité de situation entre sa fille handicapée et ceux que la société française voudrait tenir à l'écart. En arrière-plan, deux figures incarnent l'une le démon du racisme qui guette toujours la société française, ("ça revenait par vagues, inlassablement") et l'autre l'espoir, couronnée de feuillage et souriant sereinement. Ces deux figures incarnent les deux faces de ce livre, l'une terrible et noire révélant la honte d'une époque, l'autre plus heureuse imaginant la possibilité d'une société tolérante et réconciliée. Deux événements se font face de la même manière : le massacre de Charonne et la marche pacifique des maghrébins de Marseille à Paris, la « marche des Beurs » de 1983, pour aboutir à l'échec du rêve d'une France « black, blanc, beur » de la coupe du monde de 1998.
C'est tout un pan de l'histoire de la France qui est racontée ici, à travers la guerre d'Algérie, le regroupement familial, les crises économiques, les politiques sociales et la montée des communautarismes. Les mémoires d'immigrés forment une partie de cette histoire et il est bon que, à travers une bande dessinée, cela soit rappelé.
16:02 Publié dans BD, LJ : documentaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : benguigi, immigration, algérie, colonisation, racisme, jérôme ruiller, sarbacane, sociologie, anne-marie mercier
24 janvier 2012
Vois-tu ce que je vois ? Trésors des pirates
Vois-tu ce que je vois ? Trésors des pirates
Walter Wick
Traduit (anglais) par Christine Billaux
Millepages, 2011
Des zooms et (encore) des pirates
Par Matthieu Freyheit
Walter Wick est loin d’être un inconnu. Le photographe américain, qui se dit lui-même fasciné par les défis techniques offerts par sa discipline, n’en est pas à son premier livre pour la jeunesse et continue d’interroger les possibilités et bizarreries de l’optique.
Dans la veine des Où est Charlie ? et des livres d’observation, la série des Can you see what I see ? se poursuit. Après avoir revisité, entre autres, Noël, les contes de fée, et Halloween, Walter Wick consacre son objectif aux trésors des pirates. Prétexte à tout, la piraterie ? Sans doute.
Le concept, pour ceux qui n’ont pas encore passé quelques soirées à fouiller les précédents volumes, est le suivant : Walter Wick crée un effet de zoom à l’aide de photographies prises de décors en miniatures et en grandeur nature. Commencez à l’intérieur du coffre au trésor pour vous retrouver au fond des mers avant de finir sur une plage de sable fin, et trouvez une liste d’éléments fondus dans la masse de l’image. De l’incontournable tête de mort au sabre inévitablement serti de diamants en passant par un cœur en or et quatre tortues (à cette heure il m’en manque toujours une), voilà un livre qui invite à passer et à revenir, à le fermer et à le rouvrir : un livre, finalement, à investir, dans une vraie chasse au trésor.
Cependant, si le travail de Wick demeure brillant, certaines planches ne sont pas tout à fait réussies, en termes d’esthétique autant que de lisibilité. Quant à l’ensemble, il est quelque peu trahi par le défaut d’originalité du sujet. Ce qui ne nous empêche pas d’attendre avec impatience la prochaine proposition de l’auteur qui, abandonnant le navire pour suivre les rails du Toyland Express, gagnera peut-être en onirisme et en imagination.
14:59 Publié dans livre d'activités, LJ : documentaires, LJ : photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : walter wick, millepages, pirates, matthieu freyheit
23 janvier 2012
Muette
Muette
Anne Cortey, Alexandra Pichard
Autrement, 2011
Confidences d'une muette
par Anne-Marie Mercier

Une petite fille raconte son histoire : « à la maison, j'ai des frères et des soeurs. Ça crie beaucoup, ça pleure, ça rit. Pas moi ».
Elle ne parle pas, ne laisse pas sortir les mots et les phrases qui sont, affirme-t-elle, pourtant bien là, à l'intérieur.
Arrive un petit garçon, peu bavard, mais un peu plus qu'elle et tout se débloque..
Ce récit rassurant est porté par les illustrations d'Alexandra Pichard, parfaites. La petite fille apparaît dans un bel isolement, elle seule ayant un peu de chair, les autres n'étant que des silhouettes agitées en arrière plan.
11:30 Publié dans LJ : albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anne cortey, alexandra pichard, autrement, langage, muette, anne-marie mercier
La fille de mes rêves
La fille de mes rêves
Christophe Lambert, Sam Van Steen
Soon, 2011
Second Life
par Christine Moulin
Nous sommes dans une société à peine futuriste, donnant même parfois l'impression que l'auteur ne tenait pas spécialement à écrire un livre d'anticipation. C'est ainsi qu'in extremis (p.271), il fait manger de petites pilules à ses personnage: clin d'oeil! Et encore laissent-elles la place à un bon couscous fumant...
C'est que tout est comme aujourd'hui dans ce roman, à ceci près que la technique en général et les jeux vidéo en particulier ont fait des progrès. On peut désormais, sous forme d'avatars, grâce à une Dreambox (et évidemment, à prix d'or, avec abonnements "ordinaire" et "Premium"!) diriger ses rêves et notamment, draguer la nuit. Cette vie nocturne suscite les mêmes interrogations que les jeux en ligne du type Second Life qui existent déjà aujourd'hui: qui est qui? Comment construire son identité en souhaitant être un autre? Comment passer du virtuel au réel? Est-ce par frustration que l'on cherche à séduire dans ce "Real Dream"? A qui confions-nous nos rêves? Jusqu'où l'appât du profit peut-il mener? Que peut-on souhaiter pour être heureux? Ces questions sont bien posées par le roman, sans rien de didactique ni de militant. Tous les personnages ont des côtés auxquels le lecteur peut s'identifier, même les "méchants", et le thème du jeu sur les identités, qui devrait plaire aux adolescents, est fouillé, repris en écho par celui de la gémellité.
L'histoire, quoique classique, embarque le lecteur: d'une part, un essaim détraque le logiciel et rend les rêves mortels. D'où, bien sûr, enquête et drames en série (la seule chose qui laisse un peu sur sa faim, c'est qu'on aurait aimé savoir d'où venait cet essaim et quelle en était la nature, au juste...) D'autre part, dans certains chapitres, le narrateur cède la parole à un lycéen, Kamel, qui cherche l'amour et revivra un schème à la Cyrano dans les méandres du virtuel. Les deux pistes, traitées avec rigueur et cohérence, se rejoindront, bien sûr.
Rien de lénifiant: la violence des rapports sociaux, la violence physique aussi, la sexualité, le cynisme font partie du décor mais ne portent jamais à la désespérance. Bref, voilà un livre qui se lit bien mais qui évite les raccourcis simplificateurs.
10:51 Publié dans LJ : Roman de SF, fantasy, fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christophe lambert, sam van steen, soon, science-fiction, jeux video, clone, avatar, christine moulin


